Tu le mérites bien!

Auteur: Anne-Marie Montgomery

Avez-vous déjà noté à quel point notre société se fonde sur le principe du mérite?

Dès notre tendre enfance, nous apprenons que certains actes méritent une récompense et d’autres, une punition.

Ce sont les résultats qui comptent… à l’école comme au travail.

C’est notre performance qui compte… autant dans les compétitions sportives qu’au sein de nos relations.

Le principe du mérite est si profondément ancré en nous. Il n’est donc pas étonnant qu’il vienne influencer notre perception de Dieu.

Presque toutes les religions du monde enseignent que l’approbation de Dieu doit se mériter et peut se mériter. Tant de personnes voient Dieu un peu comme un professeur qui va juger chacun selon une gamme relative, en donnant un A à certains, et un F à d’autres. Les règles, les rites et les processus diffèrent d’une religion à l’autre, mais le principe est le même : certains d’entre nous mériteront par nos actes et nos rites un accès à Dieu, au Ciel, au Paradis… Et d’autres mériteront… l’enfer. Il suffit d’en faire assez…

Cette façon de penser est si répandue parmi nous que nous ne nous arrêtons pas souvent pour y réfléchir. Mais, lorsque nous y réfléchissons, ne serait-ce qu’un peu, nous constatons qu’il y a de grands problèmes avec une telle perspective de Dieu et de l’éternité.

Un Dieu imparfait

Toute religion fondée sur le mérite humain dit, en effet, que Dieu n’est pas absolument juste et saint. Elle enseigne que Dieu n’est que relativement juste, puisqu’il va permettre à des personnes qui sont moins que parfaites d’entrer en sa présence pour toujours… Son jugement ne serait pas complet, ne serait pas absolu. (Et nous croyons cela, même si notre conscience nous laisse savoir que Dieu juge le moindre de nos pensées et de nos gestes). Mais, si tel est le cas, alors que sera l’éternité?

Une éternité imparfaite

Nous avons déjà constaté que le mal est la source majeure de la souffrance en ce monde. Le mal entraîne toujours la souffrance, pour l’un ou pour l’autre. Ce n’est pas toujours la personne qui commet le mal qui souffre, mais il y a toujours au moins une victime du mal.

Un Paradis rempli de personnes qui mentent, qui volent, qui s’agressent, qui médisent ou dénigrent les autres, les rabaissent ou les méprisent, ne sera pas un Paradis pour longtemps. Nous le voyons ici sur Terre : le mal provoque le mal… les conflits les plus sévères trouvent souvent leurs racines dans les événements les plus banals.

Si Dieu permettait à des êtres imparfaits d’entrer en sa présence pour l’éternité, il permettrait du même coup la prolifération éternelle du mal… et le Ciel deviendrait un enfer.

Pour que le Ciel demeure parfait, Dieu doit limiter l’entrée à des personnes parfaites qui n’accompliront jamais le mal. C’est la seule façon de faire du Ciel un lieu sans souffrance.

Des problèmes relationnels

Le principe du mérite n’influence pas seulement notre vision de Dieu et de l’éternité; il influence aussi nos relations humaines.

La religion nous enseigne que si nous faisons ci ou ça tout en évitant de faire ceci ou cela, nous sommes de bonnes personnes, qui iront au Ciel. Mais elle enseigne aussi que si nous faisons ceci ou cela tout en évitant de faire ci ou ça, nous sommes de mauvaises personnes, vouées à l’enfer.

Les personnes qui ne suivent pas les règles sont souvent victimes de marginalisation, de condamnation, de mépris ou de haine, tandis que les personnes qui pensent bien suivre les règles se trouvent souvent remplies d’orgueil.

La crainte du jugement et de la condamnation des autres entraîne une autre conséquence nocive : l’hypocrisie.

Des problèmes psychologiques

Croire que Dieu va nous juger selon nos mérites a aussi des effets psychologiques profonds :

L’insécurité et la crainte

Si Dieu va nous juger selon nos mérites, comment alors savoir notre état devant Dieu? Dans son article, Pourquoi la religion ne fonctionne-t-elle pas?, David Nasser déclare que le problème fondamental avec le principe du mérite, c’est que nous ne savons jamais si nous en avons fait assez. Aucun de nous ne peut savoir de son vivant s’il s’est rendu acceptable à Dieu, et cela nous pousse à servir Dieu par crainte. Les dirigeants religieux ont appris qu’il est très facile de manipuler une personne remplie de crainte… et ils en ont profité! (Pour constater tout le mal qu’une telle insécurité peut produire, nous n’avons qu’à penser à tous ces jeunes gens qui s’offrent comme bombes humaines dans l’espoir de mériter une place au Paradis.)

Le refoulement

Lorsque nous pensons que c’est en suivant la loi de Dieu que nous devenons acceptables devant lui, cette loi devient un tyran qui nous laisse constamment sous l’emprise de la crainte, de la culpabilité et de la contrainte. Nous faisons le bien, non par plaisir de le faire, mais parce que nous nous sentons forcés à le faire pour éviter l’enfer. Cela peut provoquer la frustration, la colère, la dépression et l’anxiété.

Une autre voie existe-t-elle?

La religion, fondée sur le mérite humain, ne peut pas offrir de solution parfaite au problème du mal. Mais existe-t-il une voie qui rend l’accueil auprès de Dieu possible? Existe-t-il une voie qui rend cela possible pour nous de nous tenir devant Dieu, justes, saints et irrépréhensibles devant lui, pour l’éternité?

Lorsque nous lisons les récits de la vie de Jésus, nous découvrons que Jésus parlait constamment aux gens religieux de son époque des limites et des imperfections de leur religion, pour leur offrir une tout autre voie.

La semaine prochaine, je parlerai un peu de la solution que Jésus nous offre au problème du mal… une solution qui n’est pas du tout fondée sur le principe du mérite humain.

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