L’Art de l’équilibre

Auteur: Marie-Josée Fortin

Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes. Oui, mon joug est facile à porter et la charge que je vous impose est légère. Matthieu 11.28-30

Comme mon père travaillait dans la construction, il y avait presque en permanence une sorte d’entrepôt dans le fond de la cour. Des planches de toutes sortes de dimensions, qui n’avaient pas été utilisées pour un projet, attendaient le prochain chantier. Pour ma sœur et moi, un de nos grands plaisirs a été de nous improviser une balançoire à bascule. Les hommes utilisaient parfois ce qu’ils nommaient des « chevalets » pour avoir un appui pour couper du bois. Il s’agissait de structures très simples avec une base triangulaire. Sur ces chevalets, nous placions, en équilibre, une planche mince et longue sur laquelle nous pouvions nous asseoir, chacune à notre extrémité. Nous avons rapidement appris à installer la planche selon nos besoins : si nous étions trois, nous pouvions déplacer la planche d’un côté afin que le poids de deux puisse balancer celui d’une personne et utiliser le même principe si une des deux personnes était plus lourde que l’autre. Heureusement, cette planche n’était pas fixe; sinon, il aurait été beaucoup plus difficile de bien équilibrer le tout d’une occasion à l’autre.

Parfois, j’ai l’impression que la vie ressemble un peu à notre jeu. Il me semble qu’il y a un équilibre à trouver dans tant de domaines! J’ai le désir de travailler et d’être utile, et j’ai aussi le désir (et le besoin) de me reposer et de me détendre. Il faut trouver un juste équilibre entre les deux. Je veux aussi partager mon temps et mes ressources avec ceux qui en ont besoin tout en répondant d’abord aux besoins de ma famille. Je dois trouver une façon de partager mon temps entre mon travail, ma famille, mes amis et ma relation avec Dieu et il ne semble jamais y avoir assez de temps pour tout cela.

Le pire est que dès que j’ai l’impression de trouver l’équilibre dans un domaine de ma vie, il y a souvent un imprévu ou un nouveau besoin qui fait que ça ne fonctionne plus. Alors, je dois recommencer toute la réflexion et l’exercice de bien répartir mes priorités. Parfois je me demande pourquoi Dieu semble si souvent intervenir pour changer la balance… Les choses qui fonctionnent bien doivent-elles toujours changer? Il me semble que je pourrais trouver une règle à suivre pour ma vie, y tenir et que tout irait bien. Le problème est que si je trouve cette règle d’or, je n’aurai plus besoin de chercher l’équilibre. Et chaque fois que je le cherche, le plus facile, c’est de me tourner vers Dieu pour le trouver. En m’approchant de Dieu pour trouver une solution, je continue à apprendre qui il est et ce qu’il désire pour ma vie. C’est cette relation que je cultive, que je le veuille ou non, chaque fois que je recherche l’équilibre.

Je suis contente que l’équilibre ne soit pas fixe et immuable, mais plutôt comme une planche posée sur un chevalet qu’il faut ajuster à la situation. C’est peut-être plus compliqué et plus ardu qu’une règle fixe, mais c’est ce travail d’adaptation à chaque situation qui provoque la véritable croissance. Quel plaisir de partager chaque retour à l’équilibre avec Dieu! Finalement, ce n’est pas la destination qui compte, mais bien le parcours que nous utilisons pour nous y rendre.

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