La porteuse de croix

Auteur: Marie-Josée Fortin

Cet automne, j’ai eu le privilège d’avoir à ma fenêtre un spectacle particulier. Chaque jour, pendant près de deux mois, une superbe araignée est venue y tisser une énorme toile. C’était une grosse bestiole toute de beige vêtue, qui passait la journée à me tourner le dos et à surveiller son garde-manger potentiel. Mes enfants et moi avons fait un peu de recherche pour apprendre qu’il s’agissait d’une Épeire diadème, une araignée assez commune aussi nommée « araignée des jardins » ou « porteuse de croix ». En effet, elle avait sur le dos une petite croix très blanche qu’on pouvait facilement observer.

On pourrait trouver curieux le fait que je me réjouissais de voir cette demoiselle emprisonner diverses mouches et insectes et les manger devant moi. C’était une période particulièrement difficile pour ma santé et je me réjouissais du spectacle délicat qu’offrait sa toile, qu’elle détruisait tous les soirs et reconstruisait tôt le matin, recommençant sa tâche chaque jour. C’était aussi une araignée très obéissante : Dieu lui a demandé de me rendre visite quotidiennement et elle l’a fait, amenant avec elle son œuvre d’art et sa petite croix blanche.

Maintenant, lorsque je médite les mots de Jésus dans Luc 9.23 (Français courant) : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il cesse de penser à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive », je les perçois de façon différente. Nous voyons souvent ce verset comme une expression de sacrifices de notre part, en pensant que porter sa croix signifie porter des choses pénibles ou injustes. Pourtant, en faisant le retour sur ma vie, je ne peux pas dire que j’ai fait de grands sacrifices pour Dieu. J’ai fait de nombreux choix au cours de ma vie et plusieurs d’entre eux, je l’espère, ont été faits avec l’espoir d’obéir à la direction de Dieu. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment souffert pour lui, pas comme certains martyrs ou comme plusieurs missionnaires l’aient fait, et je n’ai certainement rien souffert qui se compare le moindrement au sacrifice de Christ pour moi.

Par contre, il y a deux petits mots particuliers dans ce verset : « chaque jour ». Je crois que ces mots visent plus un trajet constant et quotidien qu’une grande abnégation spectaculaire. En fin de compte, la lutte consiste plutôt à me retourner constamment vers Christ, en refusant de me laisser distraire de ce but par toutes sortes d’occupations, de travaux ou de loisirs. C’est le spectacle de ceux et celles qui, chaque jour, persévèrent dans leur marche avec le Seigneur et créent une toile extraordinaire. Chaque jour, le vent et les divers insectes peuvent venir percer la toile. Elle ne sera plus parfaite à la fin de la journée. Mais le courage réside dans l’acte de recommencer à chaque fois, comme ma porteuse de croix le fait.

Merci mon Dieu pour l’œuvre d’art qu’est ta création et pour tous les messages d’amour qu’elle contient. Fais de moi une créature aussi fidèle que ma petite araignée : une porteuse de croix.

 

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