À moi de rougir : gérer les différences

Auteur: Amelia Rana

D’habitude, je ne cherche pas à éviter les occasions sociales en me réfugiant dans une toilette pour envoyer des messages textes à mes amies. Mais parfois, c’est la seule option valable.

Mon mari, Varun, est natif des Indes, mais je ne le suis pas. Nos différences culturelles sont une source d’enrichissement et je trouve cela précieux. Cependant, de temps à l’autre, ces différences mettent en évidence l’importance de la communication et de la grâce. Mon mari cherchait un emploi depuis neuf mois; c’est alors que quelqu’un lui a suggéré qu’il se joigne à des associations d’ingénieurs professionnels pour faire le réseautage parmi ses pairs. Comme il est Indien, c’était logique qu’il se joigne à une association d’ingénieurs de son pays. Plus précisément, il s’est joint à une association d’ingénieurs punjabis, mais j’ignorais ce détail.

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Un jour, Varun m’a annoncé que son association organisait leur dîner annuel. C’était une occasion rêvée pour faire du réseautage, danser et goûter à une panoplie de mets indiens. L’idée m’épatait! J’ai commencé à songer au sari que je porterais, et j’ai réussi à convaincre mon mari que j’aimerais beaucoup l’accompagner pour le soutenir et pour manger le poulet au beurre. Tout le monde en sortirait gagnant!

Les différences sont importantes

Je sais que j’ai demandé à Varun s’il y avait un code vestimentaire à respecter. Il m’a répondu, d’un air absent, « Tu es toujours belle, peu importe ta tenue. » Plus tard, j’aurai souhaité demander plus de précisions…

Le jour du dîner, je suis allé chercher Varun à la station ferroviaire et nous nous sommes rendus ensemble à la salle de banquet.

Aussitôt entrée dans la salle, j’ai vite fait de constater non seulement que j’étais la seule femme caucasienne dans la salle, mais aussi que j’étais la seule femme habillée en sari. Ce n’est qu’alors que je me suis rappelé la grande distinction qui existe entre les femmes indiennes et les femmes punjabis. À l’instar des autres états de l’Inde, au Panjab, la tenue formelle pour les femmes n’est pas le sari, mais un ensemble qui consiste en une longue tunique et des pantalons aisés. Cela est très différent de la tunique beaucoup plus courte des saris des autres états de l’Inde.

Grâce à la générosité de ma belle-mère, j’avais plusieurs tenus punjabis que j’aurais pu porter, si seulement je l’avais su. Mais voilà que je me tenais là, la seule femme au torse mi-nu. J’ai respiré à fond et j’ai souri, décidée à persévérer. Le fait que je n’étais pas habillé convenablement n’allait pas m’exclure socialement… n’est-ce pas?

Comme les organisateurs avaient oublié de nous assigner une table, nous nous sommes retrouvés seuls à la table supplémentaire. En constatant que toutes les autres personnes se parlaient entre elles aux tables, nous sommes allés au buffet chercher de quoi manger. Varun a commencé à parler avec des hommes d’affaires et je me suis rassise à la table, en accordant toute mon attention aux brochettes épicées que j’avais choisies.

Après un temps, fatiguée de me trouver seule devant mon assiette, je me suis levée pour rejoindre Varun. Comme il parlait avec un groupe d’hommes, je m’étais dit que je pourrais me tenir debout près de lui pour écouter silencieusement et donner l’impression que je me joignais aux autres. Mais lorsque j’ai rejoint Varun, le groupe entier a cessé de parler pour se tourner vers moi. Ils attendaient, attendaient… Finalement, Varun m’a raccompagné à la table. Toute confuse, je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Varun m’a expliqué que dans ce contexte social, les hommes et les femmes ne s’entremêlent pas. Il connaissait très bien cette règle, mais avait négligé de me la communiquer. Embarrassée, je l’ai encouragé à retourner parler aux hommes, en lui promettant que je trouverais bien quelque chose à faire.

J’ai passé la soirée à me promener tranquillement dans la salle en donnant l’impression que je cherchais quelqu’un. Sans compagnes de table, il m’était impossible de rencontrer les femmes. Donc, j’ai passé la soirée à regarder les hommes danser et à manger de petites bouchées, pour finalement me réfugier aux toilettes pour envoyer des messages textes pour que personne ne constate à quel point je me sentais isolée.

Ma réaction est plus importante encore

Toujours le mari attentionné, Varun venait me voir assez souvent pour me demander si je voulais retourner à la maison. Mais comme je savais que c’était une belle occasion pour lui, je l’ai encouragé à continuer de rencontrer les gens. J’ai beaucoup appris ce soir-là : l’Inde est un pays à diverses cultures, et dans certains contextes plus conservateurs, les femmes ne s’approchent pas des groupes d’hommes.

Dans la voiture, les joues encore rouges d’embarras, j’ai bien ri avec Varun de mes gaffes de la soirée. Nous aurions pu nous disputer pendant le retour au foyer, mais cela ne s’est pas passé ainsi parce que j’avais dompté mon orgueil. Varun était soulagé du fait que je pouvais rire d’une soirée qui était loin d’être une réussite pour moi.

C’est si facile de se prendre trop au sérieux. Souvent notre relation d’époux est empoisonnée par l’orgueil. C’est par orgueil que je réponds avec impatience aux interruptions ou aux corrections. C’est l’orgueil qui fait de moi une compagne parfois grognarde ou irritée.

Je constate de plus en plus que l’humilité est une des qualités les plus déterminantes pour un mariage sain. La reconnaissance du fait que nous sommes tous les deux des êtres faibles et égoïstes nous permet d’être plus authentiques et gracieux l’un envers l’autre. Nous n’avons pas à faire semblant dans l’espoir d’être aimés ou acceptés. Nous savons que Dieu nous aime malgré nos défaillances, et cela nous permet de nous aimer librement. Lorsque nous communiquons humblement et ouvertement, cela facilite le pardon réciproque. Lorsque nous laissons de côté notre orgueil, nous sommes libres de rire de nos différences culturelles, même lorsqu’elles sont source de moments embarrassants.

Nous venons de deux arrière-plans culturels très différents, et donc, notre vie de couple est marquée par de grandes différences. Cependant, le fait est que chaque personne qui se marie a un arrière-plan unique. Que ce soit cette petite histoire que nous passons sous silence ou une tradition de Noël significative, nous entrons tous dans le mariage avec des attentes inexprimées. Nos différences peuvent être très grandes, mais c’est notre réaction à ces différences qui compte plus que tout. Si nous sommes prêts à en rire et à nous pardonner réciproquement nos gaffes, si nous croyons que nous formons équipe ensemble, alors tout ira bien, même lorsque c’est à notre tour de rougir.

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Une réponse à “À moi de rougir : gérer les différences”

  • BODOUA Oscar says:

    Merci bien pour ces informations. Elles m’intéressent d’abord pour vivre en harmonie avec mes petits frères et soeurs. Nous prions aussi pour vous et votre ministère. Oscar

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