Familles éclatées: subir, reproduire ou dépasser les blessures?

Auteur: Sabine Martinez

familleseclateesSpectateurs impuissants, médusés ou sidérés de la séparation du couple de nos parents, nous subissons la situation, avec tout le lot de souffrance, de colère et de perte de repères que cela suscite. La rupture de l’équilibre familial entraîne une blessure au cœur de notre être. Le tragique envahit notre vie, et dans le tragique ce n’est pas uniquement de l’autre qu’il s’agit, mais de soi. L’assurance de notre besoin d’amour, de sécurité, d’appartenance est menacée.

Pouvons-nous alors être encore des acteurs agissant de notre vie abîmée, volée, qui parfois a un goût de vide et d’absurde ? Vivrons-nous une vie différente de celle de nos parents, hors de la répétition ? Aurons-nous les moyens de guérir d’une blessure qui est au cœur de notre être et d’établir une relation de couple sereine, stable et épanouissante dans la durée ?

Le sexe sans risque : Est-ce possible?

Tu veux en parler? Écrire à un mentor

Nos difficultés d’enfant ne sont pas tant le fait du divorce que de la manière dont la séparation se déroule, sachant que les enjeux sont différents suivant l’âge qu’on avait lors de la séparation de nos parents. C’est le climat familial qui va faire la différence pour nous.

Les parents ont un rôle de protection et de transmission avant tout. Cette protection passe par l’usage de la parole. C’est en lui parlant que l’adulte n’abandonne pas son enfant. Les éclatements familiaux laissent souvent la place à l’errance et à une perte de repère pour la construction de l’identité de l’enfant qui éprouve un sentiment de rejet ou de devenir encombrant.

Les parents ne devraient pas hésiter malgré leur situation de couple difficile à dire et redire leur amour à leur enfant afin de le dégager et de le soulager de toute responsabilité vis-à-vis de ce qui se passe dans leur vie, car il n’est pas responsable de leur divorce. Mais si les parents projettent leurs angoisses, leurs peurs, leurs frustrations et leur vengeance sur l’enfant, il reprendra à son compte leurs douleurs et modèlera son comportement sur celui de ceux-ci, menaçant la construction de son identité.

La séparation vue du côté de l’enfant

Que demandons-nous ? D’être aimé, préservé, en sécurité ; que la vérité soit parlée, dite, qu’on ne nous laisse pas dans le flou où l’on peut imaginer le pire et enfin qu’on ne soit pas coupé des deux lignées dont on est issu et qui constituent notre identité, notre appartenance et notre encrage. Car perdre l’amour d’un parent est dommageable pour nous : nous perdons l’estime de nous et devenons en quête perpétuelle d’amour. Une fois adulte, notre quête ne cessera pas. Trop occupé par celle-ci, on ne pourra aimer vraiment d’une façon désintéressée et les liens construits nous sembleront toujours dangereux car souvent rompus par le passé.

Nous sentons que notre existence est fragile et les aléas de nos familles ne nous aident pas toujours à nous poser dans notre vie. Nous rêvons d’une famille parfaite qui nous aime et nous écoute mais dans la réalité il n’en est pas toujours ainsi.

A quoi notre réalité familiale nous renvoie-t-elle quand, lors de la séparation de nos parents, le tragique envahit notre vie ? A notre impuissance, à notre solitude et au sens de notre vie.

  • A notre impuissance face à ce qui nous arrive: En effet, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas maître de la vie ou des choix de nos parents comme de notre propre existence . Nous ne sommes pas tout-puissant mais des êtres limités dans notre corps, notre intelligence, notre conception de la réalité ; aussi nous avons besoin les uns des autres.
  • A notre solitude: en lien avec l’absence du père ou de la mère. La solitude n’est pas un mal en soi, c’est l’isolement qui est source de détresse, c’est-à-dire que l’on croit ne plus compter pour autrui, ne plus être digne d’être aimé. Cela suscite une détresse intérieure et la perte de l’estime de soi, pouvant aller jusqu’à un état dépressif, un état de souffrance.
  • Au sens de notre vie: comment donner un sens à un événement qui n’en a pas en soi, pour pouvoir se constituer dans la vie ? A partir du moment où nous acceptons que les choses puissent avoir un sens, nous redevenons acteur de notre vie. Nous sortons d’un rôle de spectateur impuissant pour qui tout se produit par accident. Nous échappons à la fatalité.

C’est là qu’il est important de mettre une parole sur ce qui nous arrive, dans un lieu autre que sa famille, où l’on se sent accueilli, écouté ; un lieu où l’on peut retrouver un espace intérieur et une bienveillance envers soi qui vont permettre de penser, de réfléchir, d’observer ce qui se passe en nous. Cela est nécessaire pour l’ouverture d’horizons nouveaux et d’attitudes différentes, pour se réapproprier sa vie.

La séparation de nos parents entraîne une blessure au cœur de notre être et personne n’est responsable de ces blessures subies. Nous commençons par être victime de ce qui nous arrive mais revendiquer une position de victime est notre choix. Nous voulons en fait avoir droit à des bénéfices : la pitié des autres, le droit de se plaindre, de critiquer ou d’avoir des comportements portant atteintes aux autres. Ici, notre responsabilité est mise en cause.

Mais alors qu’allons-nous faire de ce qui nous arrive ?

Si nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive et de cette blessure intérieure qui est en nous, par contre nous le sommes de ce que nous en faisons. S’agira-t-il de l’enfouir et de l’oublier, de la laisser s’infecter ou de faire ce qu’il faut pour qu’elle cicatrise ?

  • L’enfouir et l’oublier: On ne veut pas en parler car c’est du passé, on ne fait pas le travail de deuil  : cette blessure restera active dans notre vie et brouillera notre comportement à notre insu. Souvent nous ne voulons pas la reconnaître car alors ce serait reconnaître aussi des sentiments de révolte, de haine et de colère qui nous font peur et que nous voulons garder sous contrôle.
  • La laisser s’infecter: on devient amer, cynique ou dépressif. Nous demeurons inconsolables, ce qui nous entraîne dans des mauvais choix de vie et une répétition des schémas parentaux, dans notre propre couple et notre propre famille.
  • Comment faire pour que notre blessure guérisse? Il faut pouvoir en parler à un tiers qui n’a aucune implication dans notre situation. Qu’il s’agisse d’un thérapeute, d’un psychologue, d’un conseiller ou même d’une association importe peu, mais faire cette démarche c’est sortir de l’isolement et de la souffrance, c’est exprimer ce qui a bouleversé notre vie. Oser cette démarche c’est enfin pouvoir dire que le pire est passé, a déjà été vécu, que cette épreuve solitaire est terminée et qu’un autre chemin se dessine.

Lorsque les étapes de deuil de la séparation des parents ne se font pas « naturellement », l’accompagnement peut être un moyen d’offrir à un enfant ou un adulte un espace d’écoute et de liberté d’expression, sans jugement. L’écoute va permettre à celui qui est écouté de s’écouter davantage en toute sécurité dans un climat de confiance, dans son vécu, ses sentiments, ses déceptions, ses illusions, sa colère. Cela va entraîner une détente, un lâcher prise de la situation et permettre de déposer la souffrance qui a pu être exprimée, entendue et accueillie. L’écoute permet une nouvelle conscience de soi, une lucidité sur ce qu’on est et sur ses modèles parentaux. D’être écouté, on peut s’aimer soi-même, l’autre me fait « je » et je peux exister et prendre soin de moi, mon identité s’établit avec de nouvelles données et je n’attends plus tout de l’autre.

Nous avons la capacité de repérer et défaire ce qui entrave notre vie. C’est l’ouverture vers l’autonomie, c’est-à-dire vers la capacité à faire ses propres choix, de décider de ses activités, de ses relations, de mettre des limites. Par cette nouvelle bienveillance envers soi-même, nous allons nous ouvrir à l’autre, être disponible pour l’autre car dégagé de nos propres besoins d’amour et de reconnaissance : c’est la maturité, c’est devenir adulte.

Il nous fera plaisir de répondre à toute question que vous pourriez avoir concernant cet article.  Nous attendons vos commentaires avec impatience!

Print


Une réponse à “Familles éclatées: subir, reproduire ou dépasser les blessures?”

  • Léa says:

    Bonjour,
    J’ai trouvé cette article intéressant, il me fait d’avantage réfléchir mais je me sent usée de me poser tant de questions. Je ne suis pas malheureuse mais triste, ma vie tel qu’elle est ne me plait pas… Je ne me comprend pas, j’enchaîne les mauvais choix et manque de courage! J’ai l’impression de fuir la réalité Bref je suis perdue et je m’en veux de faire du mal ou du moins de manquer de respect à des gens au quel je tiens et le pire c’est que je ne comprends pas pourquoi, je ne sais même pas qui je suis vraiment et j’en ai marre d’être trop sensible à toujours manqué d’amour ou reconnaissance, j’ai l’impression de subir ma vie et mes sentiments mais je m’enfonce. Je ne sais jamais quel est le bon choix et je me déteste car j’ai peut de volonté, j’ai honte de ce que je suis enfin bon…

Afficher vos commentaires