La boîte aux lettres

Auteur: Patty Duncan

« Tu es une mère exceptionnelle », ai-je écrit sur la carte de la fête des Mères dotée d’une photo de tournesols, de gants de jardinage et d’un arrosoir. « Tu m’as toujours accueillie avec des biscuits et du lait à mon retour de l’école. Tu as dirigé notre club de jeunes et tu as travaillé pour le conseil des parents de l’école. Mais, mieux que tout, tu es maintenant mon amie, qui partage avec moi un amour de la beauté, un questionnement des mystères entourant les hommes, et un respect des enfants. »

Je suis sortie pour aller poster la carte. En la glissant dans ma boîte aux lettres pour que le facteur la prenne en passant, le souvenir lointain d’une autre boîte aux lettres m’est venu à l’esprit.

Comme enfant, j’ai passé des heures à jouer dans une maisonnette dans notre cour arrière.

Je l’ai décorée avec des rideaux pendus à un fil, une jardinière pendue à la fenêtre et remplie de marguerites et une boîte aux lettres créée à partir d’une boîte à café vide.

J’avais cloué ma boîte aux lettres au mur extérieur de la maisonnette, près de la fenêtre. On l’avait peinturé vert avec de la peinture intérieure et inséré une petite planche à l’intérieur pour créer une surface horizontale.

Un jour d’été tranquille, j’ai couru à la maison pour trouver ma mère en train de laver le plancher de cuisine. « Maman, pourrais-tu m’apporter du courrier? » lui ai-je demandé.

Le balai éponge à la main, elle s’est redressée en se massant le dos. Elle m’a regardé, le sourire aux lèvres. Ses yeux bleus se sont adoucis à la vue de sa fille bronzée, coiffée d’une queue de cheval.

« Mais oui, je crois que je peux faire ça, une fois le plancher lavé » m’a-t-elle dit. « Retourne donc à la maisonnette et je t’y rejoindrai dans peu de temps. »

J’ai couru dehors en laissant la porte se refermer bruyamment derrière moi. J’ai sautillé en suivant la piste étroite en brique qui menait à la corde à linge. Je suis passée sous la corde pour me rendre à la maisonnette qui se trouvait près du pommier nain. Je me suis occupée à faire mes tâches de petite fille : laver la vaisselle de poupée, faire le lit, balayer le plancher avec mon petit balai en paille.

J’ai entendu ses pas sur le sentier. « Livraison de courrier! » Maman a crié à voix haute. Ensuite, j’ai entendu le bruit sourd d’enveloppes qui tombaient dans la boîte à café.

Je lui ai laissé le temps de retourner à la maison avant de sortir de la maisonnette pour chercher les trésors qui m’attendaient. J’ai trouvé trois enveloppes, un catalogue et un petit paquet dans la boîte. Quelle richesse!

Je me suis assise sur l’herbe près du jardin pour ouvrir mes colis.

Évidemment, j’ai ouvert le paquet en premier. J’ai déchiré le sac en papier brun pour trouver une petite boîte. En levant le couvercle, j’ai découvert deux morceaux de gomme à mâcher; un mélange de pépites au chocolat, de raisins et de guimauves miniatures dans un sac en plastique et une gomme à effacer rose. J’ai grignoté le mélange en explorant le restant du courrier.

Je me suis beaucoup amusée à regarder les belles images de fleurs dans le catalogue de graines de semence. Ensuite, j’ai fait un éventail des trois enveloppes dans ma main. Chacune était adressée à Patty, Maisonnette, Cour arrière, Oregon, et était affranchie d’un timbre d’épicerie. J’ai ouvert la première lettre en glissant mon doigt sous le rabat. Il contenait l’annonce publicitaire d’une compagnie d’assurance automobile. Ensuite, j’ai trouvé une annonce pour des abonnements à des magazines, avec une centaine de petits timbres à coller sur le bon de commande. Dans la dernière enveloppe, j’ai trouvé une note.

« Comment vas-tu? » ai-je lu, parfaitement imprimé par ma mère. « Il fait très beau ici, bien que je trouve cela trop chaud à mon goût. Je mets les haricots en conserve. Nous avons un beau, grand jardin, comme toujours. Viens donc nous visiter. Tu sais que tu es toujours la bienvenue. Tout mon amour, Maman. »

Elle l’a signé en lettres attachées, avec des spirales au début du M et après le n.

C’était il y a plus de 40 ans.

Je croyais que Maman et moi n’étions devenues amies que tout récemment, mais en me rappelant cet épisode, j’ai constaté que je m’étais trompée. La mère qui a interrompu son travail pour assembler du courrier, emballer un paquet, et m’écrire une petite note pour ensuite jouer le rôle d’un vrai facteur était une compagne spéciale même à cette époque. Elle a toujours été mon amie.

© Patty Duncan

Print


Aucun commentaire

Afficher vos commentaires