Une fine ligne : Aimer et laisser vivre

Auteur: Elisabeth K. Corcoran

« Jacques, que devrais-je adopter comme sujet pour ma chronique du mois? » ai-je crié à mon enfant de 10 ans qui jouait au Wii dans l’autre salle.

« De quoi parles-tu? » m’a-t-il demandé en entrant dans mon bureau, ignorant du fait que j’écrivais une chronique depuis huit ans.

« Chaque mois, j’écris un article sur un sujet ou un autre et je l’envoie à des mères un peu partout au pays. Alors, de quoi devrais-je parler? »

« Hem, les maths de Jacques… » a-t-il suggéré en sortant à reculons de mon bureau.

« Je ne crois pas pouvoir consacrer une chronique entière aux maths, mais merci pour ta suggestion, petit cœur. » De la bouche des enfants…

Oui, de la bouche des enfants… La semaine dernière,  ma fille de 11 ans (allant sur 16) et moi n’arrivions pas à nous entendre. J’oublie de quoi nous parlions – le linge propre qu’elle n’avait pas plié, la douche qu’elle tardait à prendre, le déjeuner qu’elle n’avait pas encore préparé —, mais je lui imposais ma volonté d’une façon ou d’une autre; je lui disais de faire quelque chose qu’elle savait très bien faire sans moi. Je me suis arrêté à mi-phrase. « Sais-tu quoi? Tu peux t’en occuper toute seule », ai-je dit, en jetant les mains en l’air pour indiquer que j’abandonnais la discussion.

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« Attends », a-t-elle répondu, « ne t’en va pas. Tu fais ça constamment : sois tu m’imposes ta volonté, soit tu m’ignores. Il n’y a pas d’autre forme d’interaction entre nous. »  A.Ï.E.! Ma fille de onze ans, déjà thérapeute.

Donc, mamans, voilà où  j’en suis rendue ce soir, en train de suivre une fine ligne avec ma fille : j’apprends à l’aimer de tout cœur tout en la laissant libre d’assumer ses responsabilités. J’apprends à l’aider et à la guider tout en encourageant son autonomie. Je trouve cela difficile. Je ne crois pas que c’est simplement parce que je me retrouve soudain maman d’une pré-adolescente. Je crois que j’ai cette tendance générale de dire aux gens quoi faire, ou alors de les ignorer (de temps en temps seulement, et non pas avec tout le monde, mais quand même!)

Ma fille m’a aidé à prendre conscience d’un comportement moins qu’idéal. Elle est douée dans le domaine. (Peut-être est-ce la raison que Dieu a créé la préadolescence?) Et, savez-vous quoi? Elle a raison : j’ai tendance soit à dire aux gens quoi faire,  soit à les ignorer : Voulez-vous mon opinion, mes conseils, mon aide, ou non? On dirait que je trouve cela impossible de simplement soutenir une personne silencieusement en souriant, en la laissant libre de ses choix. Du moins, je n’y arrive pas encore. Je ne suis pas rendue là. J’ai besoin d’y travailler.

Je veux que les gens que j’aime puissent se sentir libres de vivre leur vie. Je veux qu’ils apprennent de leurs erreurs. Je veux célébrer avec eux leurs victoires, gagnées au coût de l’effort. Ce que je cherche à apprendre, même dans ma relation avec mes enfants, c’est de les aimer profondément, les soutenir dans leurs décisions et les laisser vivre. Je veux apprendre à ne pas exiger de comptes de leur part. Je veux apprendre à ne les exiger que de moi-même.  Je ne suis pas encore rendue là. Il se peut que cela me prenne bien longtemps encore. Mais j’essaie.

Mamans, comment réussissez-vous dans ce domaine? Cherchez-vous à tout diriger? Est-ce que vous vous occupez, non seulement de vos affaires, mais aussi des affaires de votre mari, de vos enfants, de vos voisins, de votre maman « appelle-tout-le-temps »? Avez-vous besoin de prendre un petit recul et de laisser les gens que vous aimez assumer leurs propres responsabilités, sans vous?

Certes, avec de très jeunes enfants, ou dans d’autres situations familiales, vous aurez à assumer certaines responsabilités pendant un temps. Je ne dis pas ici qu’il ne faut plus s’intéresser aux autres ni les aider. Je parle du fait que certaines d’entre nous font plus qu’il ne faut. Nous faisons pour les autres ce qu’ils peuvent faire pour eux-mêmes. C’est ce comportement qu’il faut délaisser.

J’espère qu’un jour, ma fille et moi pourrions rire ensemble en nous rappelant ma tendance à m’immiscer dans ses affaires. J’espère qu’elle comprendra que je faisais de mon mieux. J’espère que nous pourrons dire que j’ai appris à encourager son autonomie au fil des ans. Du moins, c’est ce qui se passera si c’est moi qui décide (et voilà, c’est reparti…)

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