Le dernier cadeau

Auteur: Phil Callaway

dernier_cadeauPar Phil Callaway, traduit de l’anglais par Marie-Agnes van Peuter

Plus je vieillis, plus je suis convaincu que les souvenirs et les odeurs sont liés. J’aime l’odeur de Noël : les biscuits en train de cuire, la dinde rôtissant. J’aime aussi le goût de Noël : les assortiments de noix, les mandarines, l’odeur de la terre collée à la boule de neige que mon frère Tim vient de me lancer. Ah ! Noël…

Quand j’avais 8 ou 9 ans et que Noël n’était plus qu’à une semaine, j’ai commis un gros péché. Je me suis introduit dans la chambre de Grand-père, je l’ai écouté ronfler, puis j’ai volé une boite entière de chocolats. Je me suis enfermé dans la salle de bain et j’ai mangé les deux plateaux. J’ai encore le goût de ces chocolats dans la bouche. Je sens encore le martinet.

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Peu de fessées en valent la peine. Celle-la, si ! Ce qui me fait me poser la question : parfois, ne vaut-il pas mieux demander pardon plutôt que la permission ?

Chaque matin de décembre, ma sœur et moi nous asseyions dans le salon à côté du radiateur, à quelques centimètres du sapin de Noël, convoitant les jouets du catalogue. Sur le mur derrière nous, le givre entourait une prise électrique. La veille, j’avais gagné une pièce de monnaie en mettant ma langue dessus ! Sinon, d’ordinaire, j’étais un gamin raisonnablement intelligent. Ma sœur me montrait certains jouets. « Que font-ils ? » demandait-elle. Et si je ne connaissais pas la réponse, j’en inventais une.

Une page en particulier, renfermait un de mes rêves. En haut à droite, juste au dessus d’un ours en peluche, se trouvait un arc jaune avec ses flèches à ventouse. J’ai dit à ma sœur : « Si seulement je pouvais retirer l’emballage cadeau d’un arc comme celui-là  mon Noël serait parfait ». Elle a hoché la tête. Quand j’en ai parlé à mon frère, il a dit : « Tu plaisantes ? Après ce que tu as fait aux chocolats de Grand-père, tu devras t’estimer heureux si tu reçois une brosse à dent d’occasion ».

Au fond de moi, je savais qu’il avait raison et j’appréhendais Noël. Néanmoins, j’ai partagé mon rêve avec mon père. « 9€ ! » a-t-il dit en grimaçant « Tu veux nous mettre à la rue? » A la rue ? Je me demandais comment cela serait là-bas, à quoi ressemblerait notre vie ?  Est-ce que Grand-père viendrait nous voir ? Apporterait-il des chocolats ?
Alors que le 25 décembre approchait, j’examinais les cadeaux qui s’empilaient sous le sapin. Rien. Un cadeau au papier vert scintillant, dans le fond, avait les bonnes dimensions.

Mais une nuit, alors que tout le monde dormait, une lampe électrique me permit de voir que l’étiquette qui y était attachée portait le nom de ma sœur. En fait, la plupart des cadeaux semblaient être pour elle. J’ai palpé ceux qui disaient ‘Philippe’. Ca devait être des cadeaux pratiques : chaussettes, déodorant, sous-vêtements. Les cadeaux dont on ne se vante pas auprès de ses amis le 26 décembre.

Le plus difficile, le matin de Noël, c’est l’attente. Mes parents nous faisaient d’abord prendre le petit déjeuner. Ensuite ils nous faisaient faire la vaisselle. Balayer le sol. Passer l’aspirateur.  Et apprendre l’Evangile de Luc. Puis Papa priait pour les soldats au Vietnam, en Corée, en Russie, et des missionnaires dans des pays aux noms imprononçables.

Enfin, le moment arrivait. Et cette année là, la déception était accablante. Il ne restait plus que trois cadeaux sous le sapin. J’avais sur les genoux un petit camion Tonka, trois paires de chaussettes noires, une chemise pleine d’aiguilles et un poster de cow-boy qui disait : ‘Quand tu arrives au bout du lasso, fais un nœud et ne lâche pas’.

Le premier des cadeaux restants était un album de Georges Beverley Shea pour Maman. Le second, était pour Grand-père, une boite de chocolats de la part de mon frère et moi. Le dernier était emballé de papier vert scintillant ; c’était celui qui avait la bonne taille. Ma sœur avait un large sourire. Elle prit le cadeau, et la chose la plus inattendue se produisit : elle me le tendit. « Ouvre-le » dit-elle « c’est pour toi. Tim a mis mon nom dessus pour te tromper ».

Maman voulait garder le papier d’emballage pour l’année prochaine, mais il était déjà trop tard. Un cri de triomphe s’échappa de ma bouche et je fis le tour du salon en tenant l’arc et les flèches comme un trophée. Grand-père cessa de goûter ses chocolats et me sourit « C’est de notre part à tous » dit-il.

« Sois prudent avec ça » me dit Maman ;

« Il fera attention » dit Papa.

Je ne me souviens que de quelques uns des cadeaux de mon enfance: une chemise de hockey rouge de l’équipe de Détroit, un circuit de voiture de courses. Je me souviens d’avoir fait du patin à glace, d’avoir chanté des chants de Noël, d’avoir fabriqué des bougies, et de l’histoire racontée par Grand-père, d’un Enfant dont le petit front serait couvert d’épines, dont le sang nettoierait un jour le monde. Mais c’est le dernier cadeau qui a fait de Noël quelque chose de spécial. Voyez-vous, cet arc et ces flèches m’ont fait réaliser que Noël c’est avant tout la grâce. Un cadeau que je ne méritais pas m’a été offert quand je ne m’y attendais pas. Il a tout changé. Pour toujours.

Un enfant de 8 ou 9 ans ne pense pas à ces choses. Ce que je savais alors, c’était que je voulais essayer cet arc et ces flèches. Je me souviens avoir englouti la dinde et la farce spéciale préparée par Maman et le gâteau de Noël tellement lourd qu’on pouvait l’entendre atterrir au fond de l’estomac. Et je me souviens avoir suivi en silence mon frère tandis qu’il se dirigeait vers le vestibule cette après-midi là. J’ai positionné une flèche, j’ai visé et j’ai tiré sur la corde jusqu’à ce qu’elle soit bien tendue.

« Hey, Tim » ai-je crié, « Joyeux Noël ! »

Pendant un instant, je me suis demandé s’il valait mieux demander la permission ou le pardon…

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