La tolérance et la vérité

Auteur: Michael Horner

Traduit de l’anglais par Jean Hubert Fotso Tayou

Qu’est-ce que la tolérance? Cette question parait simple, et la réponse évidente. Mais est-ce le cas? Tout d’abord, il serait judicieux de comprendre clairement de quoi il s’agit pour répondre à ceux qui, au nom de la tolérance, imposent une intolérance effrayante.

Au Canada, nous accordons de l’importance au concept de « mosaïque culturelle » qui encourage toutes les cultures à garder leur particularité. Nous comparons notre système au « melting pot » américain où toutes les cultures fusionnent. Ainsi, le Canada a une politique neutre en matière de multiculturalisme.

Pour que toutes les visions coexistent dans la paix, il faut tolérer la culture et les opinions de tous. Jusqu’ici, tout va bien.

Mais c’est alors qu’un manque de logique vient semer la confusion quant à la relation qui existe entre la tolérance et la vérité. Pour une raison quelconque, dans l’esprit des gens, le mot tolérance ne signifie plus le respect de la diversité des opinions; il signifie plutôt la reconnaissance de toutes les opinions comme valides, égales. Ainsi, aucune opinion ne doit être reconnue comme plus vraie qu’une autre. Toute prétention de posséder la vérité serait une manifestation d’intolérance, puisqu’elle remet en question la validité de toute opinion divergente.

Une telle définition de la tolérance va à l’encontre de la raison. Au départ, la tolérance était le respect de ceux dont vous ne partagiez pas les vues. Mais voilà qu’elle est devenue l’acceptation des opinions que vous rejetiez initialement! Ne pas les accepter, c’est être intolérant.

Mais comment est-ce possible, alors que la notion de tolérance implique le désaccord? Sans désaccord, il n’y a rien à tolérer. En éliminant les différences, on supprime par là la nécessité de la tolérance.

Je ne pense pas du tout que ce soit la tolérance que les gens recherchent. Lorsque les militants des droits des homosexuels et des lesbiennes affirment que refuser d’accepter leurs opinions, c’est faire preuve d’intolérance et d’homophobie, ils ne recherchent pas la tolérance, mais l’imposition et l’approbation de leur style de vie. La véritable intolérance consiste à menacer de sanctions, de censure ou de violence toute personne qui n’est pas d’accord avec ton opinion.

En fait, ce n’est pas la tolérance qu’on promeut actuellement, c’est le relativisme, l’idée selon laquelle toute vérité est fonction des cultures et des individus. Par conséquent, la recherche de la vérité n’en vaut plus la peine. Notre société considère l’ouverture à toutes les opinions comme la plus grande des vertus. On nous met en garde contre l’intolérance, et non l’erreur. Au lieu de nous enseigner à corriger l’erreur, on nous demande d’éviter toute prétention de posséder la vérité.

Ironiquement, non seulement l’imposition du relativisme sur la société a-t-elle écarté la nécessité de la tolérance en effaçant toutes les différences majeures, mais elle nourrit également l’intolérance à l’égard de ceux qui s’opposent au relativisme. C’est-à-dire que ceux qui affirment posséder la vérité sont étiquetés comme intolérants.

Ce relativisme a déjà influencé l’éducation publique. Les laïques prétendent que les enseignements et les valeurs morales chrétiens doivent être bannis des écoles puisqu’il existe de nombreuses autres religions. C’est un subterfuge. Le laïque ne s’efforce pas de frayer une place pour ces autres religions ou de leur donner voix au chapitre, mais il essaie plutôt de supprimer toute influence religieuse de la sphère de l’éducation. Cette situation est semblable à un directeur d’école qui se promène dans la cour de son établissement scolaire et constate que certains élèves aiment jouer au hockey, d’autres au football américain, d’autres au basket-ball, et d’autres encore au football. Il constate alors la diversité de préférences et d’opinions et conclut : « Je ne permettrai aucune discipline sportive. »

La vraie tolérance donne à la différence de vues un droit égal à l’existence, et non nécessairement une part égale de vérité. Ces problématiques sont différentes.

Il y a ici une confusion entre l’admirable qualité de la tolérance de différentes opinions et la position absurde qui soutient que toutes les prétentions à la vérité peuvent être ou même doivent être vraies.

Il ne faut pas faire fi de la vérité au nom de la tolérance. Nous sommes vraiment tolérants lorsque nous respectons les droits d’autrui à avoir une opinion différente sans menace de violence. Mais nous pouvons en même temps fermement défendre un autre point de vue comme étant vrai. L’importance de la tolérance ne nous dispense nullement de notre responsabilité de résoudre les prétentions conflictuelles à la vérité.

Nous pouvons être véritablement tolérants sans accepter les croyances d’autrui. La tolérance n’a rien à voir avec l’acceptation des croyances d’autrui; c’est plutôt le respect de son droit d’en posséder.

Par exemple, je peux montrer de la tolérance envers les gens qui croient que la terre est plate sans partager leur opinion. De même, je peux tolérer les croyances de personnes appartenant à d’autres religions sans avoir à considérer leurs croyances comme vraies.

Cette mauvaise compréhension de la tolérance entraîne une situation ridicule, celle de considérer une position comme fausse UNIQUEMENT parce qu’elle affirme être vraie.

On raconte l’histoire de Socrate qui se promenait dans les bains publics d’Athènes.  Un jeune homme qui le suivait le tapote à l’épaule en disant : « Socrate, puis-je devenir ton disciple? » Socrate continue de marcher, sans répondre.

« Socrate, puis-je devenir ton disciple? », répète le jeune homme. Socrate ne lui répond toujours pas. Une troisième fois, le jeune homme demande en suppliant : « S’il te plait Socrate, puis-je devenir ton disciple? » Soudain, Socrate se retourne, saisit la tête du jeune garçon et la plonge dans l’eau. Il retient l’homme, qui se bat sous l’eau, jusqu’à ce que des bulles commencent à monter.

Finalement, quand il n’y a presque plus d’espoir, Socrate le sort de l’eau et lui dit en le regardant droit dans les yeux : « Jeune homme, lorsque tu recherches la vérité autant que tu as désiré l’air, alors tu peux être mon disciple. »

Nous vivons dans un monde qui n’accorde plus de la valeur à la vérité. Lorsqu’on tient à la tolérance plus qu’à la vérité, cela devient l’intolérance à la vérité. En tant que personnes pensantes et morales, nous devons nous attacher autant à la vérité qu’à la tolérance.

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Michael Horner est titulaire d’une maîtrise en philosophie de l’université de Toronto et s’adresse à des milliers d’étudiants et universitaires chaque année à travers des débats et cours magistraux. Tous droits réservés – 1996 Michael Horner. Avec permission.


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