La différence

Lorsque je pense à Noël, je pense souvent à ce qui s’est passé pendant les années où j’étais professeur. L’école où j’enseignais était très ancienne. Les plafonds étaient à plus de 4 mètres de haut et les fenêtres étaient immenses. Les jeunes de cette école de ghetto étaient des durs, et extrêmement pauvres. C’est sûrement ce qui les a rendus si difficiles.

Déterminé à le rendre spécial

Les vacances de Noël ont toujours été celles que je préfère et j’ai décidé que cette année, j’essaierais de faire quelque chose de spécial pour mes élèves. J’ai reçu l’autorisation de mettre un sapin de Noël dans la classe. C’était un épicéa bleu. Il faisait 3,60 mètres de haut et il devait faire entre 2,50 et 3 mètres de circonférence. J’ai demandé à deux garçons, Jim et Chris, de m’aider à le tirer jusqu’à la salle de classe et de construire un guéridon pour le poser dessus. On l’a installé en plein milieu de la salle de classe.

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Pendant deux ou trois jours, l’école allait être reléguée au dernier rang. J’ai demandé à mes 120 élèves de choisir une décoration à la maison et de l’apporter en classe. J’ai été surpris par la participation et par la variété. Certaines étaient fabriquées maison, mais de nombreuses décorations étaient neuves et pas chères; les enfants venaient apparemment juste de les acheter pour l’occasion. Ce qui signifiait qu’ils n’en avaient sûrement pas à la maison.

Comment leur enseigner la gentillesse?

Même en cette période de l’année, ils étaient prêts à se bagarrer si une casquette tombait. Si l’un accrochait sa décoration à l’endroit où l’autre voulait accrocher la sienne, ils se bagarraient. Si quelqu’un en faisait tomber une, on pouvait être sûr qu’il allait y avoir une bagarre. Si quelqu’un n’apportait pas de décoration, ou en apportait deux, ça finissait en bagarre. C’était très frustrant pour moi, parce que je voulais que Noël les rapproche, leur enseigne la gentillesse, comme c’est supposé être le cas.

Lorsque le sapin fut terminé, je passais une journée entière, chaque semaine, à essayer de leur expliquer Noël, ce que cela signifiait pour moi et l’idée que je m’en faisais. Je leur ai expliqué que c’était contre les règles de l’école de lire la Bible en classe, mais s’ils n’y voyaient aucune objection, je la leur lirais quand même. Lorsqu’ils ont su que c’était contraire aux règles de l’école, ils ont insisté pour qu’on la lise.

Le mercredi, je leur ai lu les récits de la Bible sur la naissance de Jésus et j’ai également commencé à leur lire Contes de Noël, de Charles Dickens. Je sentais qu’ils aimaient cette histoire, même s’ils n’osaient pas le montrer.

Le jeudi, j’ai continué à lire Dickens à chaque cours jusqu’à en perdre la voix. Ils étaient nombreux à être émus. Cela se voyait. Dans l’une des classes, une élève s’était mise à pleurer lorsqu’elle a compris que Tiny Tim allait mourir. Ça ne s’entendait pas, mais un élève l’a remarqué et s’est moqué d’elle.

« Hé regardez Brenda, elle pleure. »

« C’est pas vrai, sanglotait-elle, et je vais te casser la figure si tu dis que c’est vrai. »

C’est alors que Jim s’est levé. Jim était grand, très grand, et c’était un dur. Mais pas méchant. Il ne frappait jamais pour le plaisir et ne cherchait pas les ennuis. Il était pitoyablement lent d’esprit, il ne répondait jamais aux questions, ne rendait jamais ses interrogations, n’ouvrait jamais un livre, et c’était seulement lorsque je faisais une parenthèse de temps en temps pour raconter une histoire qu’il montrait alors une lueur d’intérêt.

Jim adorait les histoires. Alors, lorsque le garçon a ridiculisé Brenda, Jim s’est levé et l’a attrapé par le col de sa chemise. Il l’a soulevé de sa chaise en le secouant et le tenait à peu près à 15 cm du sol.

« Tu vas fermer ta sale gueule. Tu la laisses pleurer si elle veut. Moi aussi je peux pleurer, et si je pleure, tu ferais mieux de pleurer aussi, sinon je vais te donner une autre raison de pleurer. Je vais entendre la fin de cette histoire, et je vais l’entendre sans arrêt (il voulait dire sans interruption). »

Plus d’interruptions!

L’histoire a continué, et il n’y a plus eu d’interruption. Je crois qu’ils ont fini par aimer Tiny Tim et Bob Cratchit tout comme ils avaient aimé l’histoire de la naissance de Jésus. Il était pauvre; ils étaient pauvres. Il était oppressé, opprimé; ils se considéraient comme oppressés, comme des éternels opprimés. Et ils l’étaient. Aussi durs qu’ils pouvaient l’être, ils avaient été touchés par Jésus et Tiny Tim. Ils n’avaient jamais eu la chance d’être enfants, et lorsque Tiny Tim était guéri et que Scrooge est devenu humble, ils ont ri, applaudi et étaient très contents.

Je crois que cela les a rendus plus gentils et plus doux les uns envers les autres. Et pourquoi pas? C’est ce qui s’est passé pour moi et pour des millions de personnes. Nous n’étions pas si différents eux et moi, à part quelques dollars, les bonnes manières, la capacité d’expression et l’âge.

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