Je ne pense pas que ma femme soit la « femme qui m’était destinée »

Auteur: Bill Strom

Je suis marié à une femme extraordinaire. Lorsque j’ai rencontré Shelaine pour la première fois, j’ai été attiré par son intelligence, son physique, sa sagesse et son sourire. Six mois plus tard, nous étions fiancés. L’été précédant notre mariage, j’ai présenté Shelaine à un couple qui était pour moi un couple mentor à l’église que je fréquentais. Alors que nous étions assis autour de la table dans leur cuisine, la femme s’est exclamée : « Alors comme ça tu l’as trouvée! Tu as trouvé la femme que Dieu avait prévue pour toi. Tu es béni ». Je me souviens d’avoir acquiescé en grognant et d’avoir savouré ce moment. J’avais trouvé la femme qui m’était destinée.

Mais aujourd’hui, je n’en suis plus aussi certain.

Pour ceux qui me connaissent personnellement, je vous demande de ne pas commencer à propager des rumeurs. Shelaine et moi avons un mariage solide, un lien fort qui nous unit, sans oublier l’amour profond que nous éprouvons l’un envers l’autre. Mais je ne suis plus convaincu que notre mariage est solide parce que Shelaine est parfaite pour moi ou que je suis l’homme idéal pour elle. Nous sommes bien évidemment compatibles et partageons des valeurs similaires, ainsi que la même façon de penser. Mais nous avons des centres d’intérêt et des talents différents. Alors pourquoi notre mariage fonctionne-t-il? Aujourd’hui, je suis convaincu que la réussite de notre mariage ne s’explique pas par le fait que nous avons trouvé « la personne

qui nous était destinée », mais parce que nous avons « choisi » d’aimer profondément et fidèlement « la personne avec qui nous sommes en couple ».   Cela fait une grande différence.

Le mythe de la « personne qui nous est destinée »

Le mythe qui consiste à penser qu’il y a quelque part une personne parfaite qui sera notre partenaire idéal n’existe que dans les contes de fées, dans nos films préférés et dans les jeux vidéo. Ce mythe nous fait croire ceci : vous recherchez votre âme sœur dans ce jeu appelé amour, et si vous y consacrez votre temps et rencontrez un grand nombre de partenaires potentiels, vous êtes susceptible de trouver « la personne » qui vous est destinée. Mais tout ne dépend pas que de vous, puisque dame fortune sera de votre côté, et un jour (croisez les doigts), vous trouverez cette perle rare que vous recherchez tant.

Bien que cette perspective semble décourageante, le mythe promet également que vous reconnaîtrez « la personne en question » grâce à des signes spéciaux — un coup d’œil jeté à travers une pièce, la beauté à tomber par terre de cette personne ou les mots magiques qu’elle serait susceptible de prononcer. Selon le mythe, après avoir rencontré « la personne qui vous est destinée », vous tomberez amoureux d’elle de façon aussi naturelle qu’une pierre qui tombe sous l’effet de la gravité. Vous vous sentirez attiré par cette personne aussi bien émotionnellement que sexuellement, vous n’arrêterez pas de penser à elle, vous ferez des dépenses pour elle, agirez de façon irrationnelle autour d’elle et ignorerez le reste du monde par amour pour elle. Finalement, vos rêves et vos espoirs reposeront sur cette personne, puisqu’après tout, elle vous est destinée.

C’est une belle histoire, mais regardons les choses objectivement… 

Et si c’était vraiment grâce à dame fortune que nous pouvons trouver notre partenaire pour la vie? Cela signifierait que nos vies ne sont pas si différentes d’un jeu de lancer de dés à Las Vegas. Certains joueurs peuvent avoir de la chance et gagner le gros lot, mais ce n’est pas le cas pour la plupart des gens. Mais au moins à Las Vegas, la probabilité d’obtenir des sept avec deux dés (par exemple) est de 6 sur 36 combinaisons possibles, ou de 1 chance sur 6. Ce sont là de très bonnes probabilités. Quel bonheur si une personne sur six que nous rencontrons pouvait être « la personne qui nous est destinée »!

Mais selon le mythe dont nous parlions, il n’existe qu’une seule personne pour nous. Et pas potentiellement une personne sur six. Par conséquent, avec huit milliards d’habitants sur terre, les probabilités augmentent de façon spectaculaire contre nous.   Si nous comptons donc sur dame fortune pour trouver le véritable amour, les chances que nous y arrivions sont très faibles.

Croire au mythe engendre deux comportements préjudiciables

Le premier consiste à croire que plus nous avons des relations avec des gens, plus nous tombons amoureux, plus nous nous marions, et plus nous aurons de chances de tirer le numéro gagnant. Si nous voulons être honnêtes, cela fait de nous des obsédés de relations amoureuses ou, pire encore, des personnes aux mœurs légères.   Lorsque j’étais étudiant, j’ai connu un jeune homme qui emmenait une jeune femme à un match de soccer le matin, une autre à un match de football l’après-midi et enfin une troisième à une pièce de théâtre le soir. Quand je lui ai dit d’un air assez suffisant que « je ne sortais qu’avec des filles que j’étais susceptible d’épouser », il a souri et m’a répondu : « moi aussi! »  C’était peut-être le cas, mais j’avais l’impression qu’il allait à la pêche aux filles, et c’était probablement ce que je faisais moi aussi.

L’autre comportement préjudiciable que ce mythe peut engendrer, c’est que nous commençons à penser qu’une série de relations ratées augmente nos chances de tirer le bon numéro la fois suivante. C’est ce que l’on appelle l’illusion du joueur. Tout comme une personne qui effectue trente lancers de dés sans réussir à tomber sur un sept, nous avons tendance à penser : « Il est temps que je gagne, les chances sont maintenant de mon côté ». La vérité, c’est que dans un lancer de dés, les chances d’obtenir le chiffre sept sont toujours de 1 sur 6; toujours, quel que soit le nombre qui a été obtenu précédemment.   En ce qui concerne les relations amoureuses, je suggère que les chances de tomber sur le « numéro gagnant » baissent en réalité, puisqu’une suite de relations ratées en dit davantage sur nos choix que sur les probabilités de tomber sur la bonne personne.

Mais que se passe-t-il si ce n’est pas dame fortune qui agit, mais plutôt le destin?

Et si notre succès en matière de relations était déjà prédéterminé par une force impersonnelle dans l’univers? Ou alors et si nos actions passées avaient en quelque sorte déterminé nos circonstances actuelles? Le fait de croire que nos vies sont planifiées par une force impersonnelle peut entraîner d’autres problèmes sur le plan relationnel.

Certains lecteurs se souviendront peut-être de la chanson rendue populaire par Doris Day et qui disait ce qui suit :

Quand vint l´amant de ses amours
La demoiselle lui demanda :
« M´es-tu fidèle jusqu´à toujours? »
Et le garçon chanta :

Qué será será
Demain n´est jamais bien loin
Laissons l´avenir venir
Qué será será
Qui vivra verra

Il y a une certaine sagesse dans cette chanson. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Nous ne savons pas s’il y aura un arc-en-ciel, des tempêtes ou une période de sécheresse.

Cependant, si nous pensons que tout est prévu et que nous n’avons rien à y dire, nous risquons de nous dérober à notre rôle de faire des choix intelligents ou d’assumer les conséquences des choix que nous faisons. Une personne fataliste qui éprouve des difficultés dans son mariage a une réponse toute trouvée et pourrait penser ce qui suit : « Je suppose que cette personne n’était pas pour moi, je ne peux pas changer et mon partenaire ne le peut pas non plus ». Nous nous résignons à ne rien faire parce que de toute façon, cela ne fera aucune différence. Que sera, sera.

Et que se passe-t-il si ni Dame chance ni le destin ne guide nos expériences relationnelles? Et si tout cela ne dépendait que de nous et des choix que nous faisons? Et si Dieu se préoccupait de la manière dont évoluent nos relations et qu’il nous soutient et nous guide pendant tout ce parcours?

Je sais que chez les théologiens, le fait que Dieu ait prédestiné ou non notre vie de notre naissance à notre mort ou qu’il nous ait donné la possibilité de faire des choix réels en respectant les limites plus élargies de sa volonté fait l’objet de nombreux débats. Je penche plus vers la deuxième suggestion, notamment en ce qui concerne les relations humaines. Pour revenir sur l’idée que j’ai émise au début, j’ose suggérer que le succès de mon mariage avec mon épouse ne repose pas sur le fait que nous avons trouvé « la personne qui nous est destinée » et que Dieu a prévue pour nous, mais plutôt sur le fait que nous lui avons obéi en choisissant une personne que nous allons aimer de manière profonde et fidèle.

Comment puis-je en être aussi certain?

Principalement, parce que nous avons été créés à l’image de Dieu et que notre Père est un Dieu décideur. Dieu n’a pas juste mis les choses en place avant de s’en aller (c’est ce que l’on appelle le déisme). Bien au contraire, Dieu a fait et continue à faire des choix dans l’histoire de la race humaine, à savoir des choix en lien avec la façon dont nous dépendons de lui. Par exemple, Dieu a choisi de créer le tout premier couple, il a choisi de les chasser du paradis lorsqu’ils ont désobéi, il a choisi de bénir Abraham, il a choisi David et d’autres rois afin qu’ils puissent régner sur leurs sujets, et enfin il a choisi d’envoyer Jésus réparer la relation brisée que nous avions avec lui. Je crois que Dieu a choisi de faire en sorte que ses créatures (y compris nous) puissent prendre des décisions, étant donné que nous dépendons de lui et de son Esprit qui est en nous.

Alors, qu’est-ce que tout cela signifie pour Shelaine et moi? Cela signifie que non seulement l’ai-je choisie parmi plusieurs autres partenaires possibles, mais qu’en plus, je continue à l’aimer malgré la présence d’autres femmes dans mon entourage. C’est ce que l’on appelle un amour basé sur un engagement réciproque. J’ai choisi Shelaine et je continue à ne choisir qu’elle, tout en renonçant à toutes les autres, comme on le dit si bien pendant les vœux de mariage.

Cela signifie également que nos différences, nos disputes et nos malentendus n’illustrent en aucun cas le choix du « mauvais » partenaire, mais plutôt le fait que nous avons du travail à faire, c’est-à-dire écouter l’autre de manière active, valider ses opinions de façon honnête et lui communiquer de manière claire nos inquiétudes et espoirs mutuels. Cela signifie que nous faisons des choix personnels, ainsi que des choix de couple afin d’approfondir le lien qui nous unit. Cela signifie que nous faisons des promesses dans l’intérêt de notre relation et que nous respectons ces promesses. Même si vous trouvez votre partenaire grâce à un service de rencontres basé sur les valeurs communes, vous pourriez épouser une personne avec laquelle vous êtes compatible, mais qui a malgré tout des failles et qui a besoin que vous fassiez preuve de patience et de grâce. Dans ce cas, vous choisirez malgré tout d’aimer cette personne.

Enfin, lorsque nous reconnaissons que nous choisissons d’aimer une personne et de lui demeurer fidèle, alors nous ne pouvons pas nous cacher derrière des raisons futiles et égoïstes lorsque nous abandonnons le navire alors qu’il commence à prendre l’eau. Ce choix d’aimer peut signifier que nous devons, en cas de difficultés, faire preuve d’humilité et consulter un conseiller matrimonial. Cela peut signifier que nous devons faire des choix difficiles comme travailler moins et consacrer davantage de notre temps à améliorer notre relation avec l’autre. Cela peut signifier que nous devons pardonner et nous réconcilier avec l’autre plutôt que d’éprouver un ressentiment nocif envers notre partenaire.

Un jour, Jésus a expliqué à ses disciples cette dynamique qui consiste à faire le choix d’aimer l’autre. L’évangile selon Saint-Jean le montre au chapitre 15 :

Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. … Voici quel est mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. … ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

Ne recherchons pas la « personne qui nous est destinée » afin de l’aimer. Choisissons d’aimer, en particulier la personne que nous avons « choisie ».

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Une réponse à “Je ne pense pas que ma femme soit la « femme qui m’était destinée »”

  • audrey says:

    Cet article est une belle preuve d’intelligence et de maturité . J’ai moi-même douté de mon choix face aux épreuves de la vie de couple . J’ai même perdu la foi en mon couple et ma famille et je m’en suis détournée, égoïstement . Parce que je trouvais injuste le comportement de mon mari . Mais mes devoirs envers ma famille se sont vite rappelé à moi et après avoir infligé à cet homme que je jugeais cruel, injuste et intolérant les pires épreuves j’ai dû me rendre à l’évidence : il n’était pas seul responsable de ce qui n ‘allait pas entre nous . Nous avons traversé cette épreuve, nous devrons en affronter d’autres mais plus jamais il ne me subira . Bien sûr que nous sommes différents . Et nous devons respecter ces différences et continuer d’aimer et de partager . Nous avons ensemble la chance de vivre quelque chose de simple et de fort joli . Je ne veux pas entacher ce joli tableau avec mon stupide orgueil . Je ne récolte que ce que je sème .

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