Comment parler aux coeurs brisés

Auteur: Heather Isaak

Après la perte de mes jumelles à 20 semaines de grossesse, le monde s’est complètement écroulé pour moi. Alors que j’essayais prudemment de faire le lien entre la dure réalité et la vie que j’avais toujours vécue, cela ne collait pas. Les amitiés qui étaient jusque là évidentes devenaient discordantes. Quelquefois les mots de réconfort me donnaient l’impression d’être du papier de verre pour mon âme et d’une manière surprenante des gens que je connaissais à peine sont devenus des amis pour la vie.

Alors que mes amis et ma famille désiraient me soutenir, ils ne savaient comment le faire. Comment pouvez-vous aider quelqu’un dont le monde s’est écroulé? Que pouvez-vous dire à votre amie qui vient de perdre ses deux premiers nées? Comment faites-vous pour vous tenir aux côtés de quelqu’un qui voudrait revenir en arrière?

Je sais que c’est délicat d’entourer les personnes qui sont dans l’affliction. Cela a été délicat pour moi aussi. Voici ce que j’aurai aimé dire à mes amis lorsque la souffrance était si fraîche et si brute. Je me suis habituée à cette souffrance maintenant et je peux respirer plus librement.

Je ne souhaite à personne de ressentir une telle souffrance, mais malheureusement je sais qu’il y a probablement quelque part quelqu’un qui la ressent maintenant. Si vous connaissez quelqu’un dans l’affliction, j’espère que cela pourra vous aider alors que vous essayer de le soutenir.

Ne dites pas…

Mon cœur a été mis en pièces, ma vie entière a à jamais changé. Le moi que vous connaissiez a disparu et je suis encore et encore en train de découvrir le nouveau moi si différent. Je sais qu’il n’est pas facile d’être dans mon entourage en ce moment et cela m’est difficile d’exprimer ce dont j’ai besoin et ce que je ressens.

Je vous en prie, ne me donnez pas de leçons sur comment sortir de mon chagrin.

Ne me dites pas que vous comprenez et ne me dites pas comment devrait se dérouler mon épreuve.

Ma souffrance est unique et la manière de traverser cette épreuve l’est également. Cela pourrait bien ne ressembler à rien de ce qui pourrait se passer avec vous.

  • Ne me jugez pas.
  • Ne comparez pas mon deuil à celui de la perte de votre grand-mère, de votre animal de compagnie ou même de votre professeur préféré. Cela est différent : chaque perte l’est. Les comparaisons ne font que me faire sentir étrangère vis à vis de vous.
  • Ne me dites pas « toutes choses concourent au bien… » ou « tout a un but » ou « Dieu a permis que cela arrive pour une raison… » Bien que toutes ces choses soient peut-être vraies, je ne suis pas en état de les recevoir maintenant d’une façon bénéfique.

Lorsque la vie s’écroule, les gens bien intentionnés utilisent ces paroles pour remettre les choses en ordre à nouveau. Mais le monde est complètement chamboulé pour moi. Les mots ne peuvent pas le rendre tel qu’il était avant. Je n’ai pas tourné le dos à Dieu; mais venir à l’église m’est très difficile en ce moment. Lorsque je suis assise à l’église je me sens très seule avec ma peine.

N’essayez pas de me faire me sentir mieux en m’invitant à regarder le bon côté des choses. Je donnerai n’importe quoi pour être épuisée à cause des nuits blanches ou pour m’occuper d’un bébé qui pleure. Se retrouver sans responsabilités et sans embonpoint ne sont pas ce à quoi j’aspire!

Ces choses aident…

C’est toujours une bonne chose de parler des enfants que je viens de perdre. Ne pensez pas que vous me rappelez ma peine (je n’oublierai jamais). Parler d’eux valide leur existence; cela me ramène à des souvenirs positifs. Quand vous en parlez, cela me donne la liberté d’en parler aussi et j’en ai besoin.

J’ai besoin de rire (et quelquefois j’ai besoin de pleurer en même temps). Veuillez me laisser la liberté de le faire.

Je suis enthousiasmée pour vous quand vous êtes heureux. Même si cela touche un domaine auquel je suis sensible… (comme une nouvelle grossesse).

Il y aura des jours ou je ne pourrai pas bien le manifester, mais cela reste toujours vrai. Je me réjouirai toujours pour vous, même si parfois ma joie sera submergée par ma souffrance. Ne retenez pas votre excitation à cause de moi; cela ne m’aide pas.

J’ai besoin de vous maintenant. Je ne le demande pas toujours et cela est difficile à atteindre, mais j’ai besoin de me sentir aimée et entourée de prière comme jamais auparavant. Continuez à me téléphoner même si je ne vous rappelle pas. Quelquefois, même composer le numéro devient trop difficile pour moi, mais cela me touche de savoir que vous pensez à moi.

Faites des choses concrètes pour moi… N’offrez pas simplement votre aide. Normalement proposer son aide suffit, mais en ce moment, même se lever le matin devient difficile, et mes tâches quotidiennes me vident de toute mon énergie. Même si j’ai énormément besoin d’aide, je n’ose pas vous la demander.

Mon chagrin ne disparaitra pas; je n’irai pas mieux. Cela changera, cela évoluera, mais cela ne disparaitra pas. Quelquefois, le chagrin est comme un monstre enragé, évident aux yeux de tous. À d’autres moments, le chagrin est silencieux, assis dans un coin, attendant son temps. Les autres ne peuvent pas le voir, mais je sais qu’il est toujours là (laissant un mal sourd dans mon âme). Comme le temps passe, il y a des jours plus calmes, mais le chagrin est toujours là, même si on ne peut pas le voir.

J’ai été à jamais transformée par le chagrin. Le moi qui existait est maintenant changé. Il y a encore des angles durs; je ne suis pas encore entière; mais je suis toujours moi et j’ai besoin d’accepter cette nouvelle version de ma réalité. Je n’ai pas choisi ce chemin, je ne l’aurais jamais choisi, mais j’y suis.

Mon choix se limite à ma réaction à cette perte, et je n’ai pas encore décidé ce que j’en ferai. Je suis en cheminement, et j’ai besoin que vous me souteniez dans cette voie.

Si vous avez expérimenté le chagrin et ressentez le besoin d’en parler à quelqu’un qui puisse vous aider. Nous offrons un accompagnement spirituel gratuit et confidentiel. Écrivez-nous en remplissant ce formulaire.

traduit de l’anglais par Isa Martinetto

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Une réponse à “Comment parler aux coeurs brisés”

  • kathleen larabie says:

    Merci pour ce courage de dire les vrais choses. Quelle belle leçons de vie. Merci d’enseigner un peu comment mieux aimer ceux qui souffrent autour de moi.

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