La petite graine, la rose, le chou et la cigogne : Comment discuter de la sexualité avec vos enfants

Auteur: Dr. Dave Currie

Traduit de l’anglais par Alix Rouvinez

Le numéro du mois de mai 2005 de Cosmo Girl, un magazine populaire parmi les adolescentes et préadolescentes, a publié les résultats d’une étude de plus de 70 000 personnes concernant le comportement sexuel des jeunes. Voyez pour vous-même :

  • 69 % des jeunes pensent que l’activité sexuelle avant le mariage est acceptable
  • l’âge moyen auquel les adolescents perdent leur virginité est de 15 ans
  • 39 % des adolescents ont déjà pratiqué le sexe oral

Nous ne pouvons plus nous permettre de nous enfoncer la tête dans le sable et d’espérer que nos enfants développeront des attitudes et des comportements sexuels sains de leur propre chef. Ils vivent dans une société qui est saturée de sexualité et qui leur jette ses devises à la tête : Tout le monde le fait! Tout ce qui vous donne du plaisir est bien pour vous! Il n’y a aucun inconvénient, ni aucune conséquence! Non seulement l’activité sexuelle avant le mariage est acceptable, mais c’est normal!

Et si la société en tant que telle parle à nos enfants de la sexualité et tente de leur inculquer son point de vue, ne devrait-on pas leur en parler aussi? Bien des parents laissent cependant leurs craintes avoir raison d’eux et abandonnent avant de pouvoir s’investir aux côtés de leur enfant dans ce domaine pourtant si critique. D’autres aimeraient bien en parler à leurs enfants, mais ne savent pas comment s’y prendre. Voici donc quelques réflexions dans cette optique de dialogue :

Il est important de parler à vos enfants de la sexualité en premier. C’est bien plus facile de commencer à neuf, sans les encombrants bagages de mauvaises informations en provenance d’amis ou de la télévision, dont il faudra d’abord tenter de se débarrasser. Malheureusement, dans de nombreuses familles, cela ne se passe pas ainsi. Et la raison principale de cet état de fait est la peur.

Aucun d’entre nous n’est vraiment complètement à l’aise à l’idée d’avoir ces discussions avec ses enfants; ce n’est pas chose facile. Cependant, ultimement, il s’agit de notre responsabilité et c’est également ce dont nos enfants ont besoin de notre part. Alors il s’agit de montrer assez de courage pour le faire. La bonne nouvelle, c’est que pendant que vous discutez de ce sujet difficile avec vos enfants, vous allez non seulement leur donner les informations dont ils auront besoin pour faire des choix avisés, mais vous allez aussi être agréablement surpris des nouvelles dimensions que va prendre votre relation avec eux. Ils vont s’ouvrir à vous et partager plus au sujet de ce qui se passe en eux lorsqu’ils verront qu’ils peuvent se fier à vous— même dans les domaines les plus intimes et sensibles de la vie.

Un dialogue sur la sexualité devrait être franc et progressif

Si vous nourrissez l’espoir de pouvoir vous en sortir avec une bonne et unique conversation ouverte lorsque votre enfant a dix ans, vous vous trompez. Oui, vous devrez l’avoir, à un moment donné, cette bonne conversation décisive avec votre enfant à propos de la sexualité (d’ailleurs.  si vous voulez vous assurer de lui en parler avant toute autre personne , il vaut mieux que cela se fasse autour de huit ou neuf ans). Mais il y aura bien d’autres occasions d’éduquer vos enfants, aussi bien avant qu’après La Conversation..

Par exemple, votre fille de cinq ans vous demande « Comment le bébé est-il entré dans ton ventre? » Ou bien lorsque votre fils et votre fille, encore très jeunes, prennent un bain et que votre fils réalise soudainement que le corps de sa sœur n’est pas complètement semblable au sien. Ou peut-être lorsque la famille est installée devant la télévision et qu’une scène inattendue vous surprenne, ou bien que votre enfant remarque des adolescents en pleine effervescence dans la rue. Les contextes varieront sans doute, mais les questions viendront.

Il s’agit de questions naturelles qui font partie de l’apprentissage et de la croissance de votre enfant. L’éducation sexuelle n’est pas complétée une bonne fois pour toutes en une seule conversation. Il s’agit d’un processus qui commence lorsque l’enfant est encore bien jeune et qui continuera à travers l’adolescence. Pendant ces années-là, les parents devraient continuer à évaluer le niveau de maturité de leurs enfants et déterminer les informations qu’ils sont capables de gérer convenablement à chaque étape. Ne leur donnez pas plus d’information qu’ils ne peuvent gérer, mais ne leur en donnez pas trop peu non plus. Gardez à l’esprit que si cela ne vient pas de vous, cela viendra d’ailleurs.

Créez une cérémonie ou un rite de passage

Lorsque le moment arrive d’avoir cette première conversation clé à propos de la sexualité – celle où vous leur donnez les informations de base – faites-en un véritable événement. Plutôt que de se retrouver parent-enfant de part et d’autre de la table de la salle à manger, aussi mal à l’aise l’un que l’autre et trop gênés pour se regarder dans les yeux, faites-en un événement positif, un événement à célébrer.

Après tout, cette conversation est une étape dans la transformation de votre fils en jeune homme ou de votre fille en jeune femme. Marquez le coup. Emmenez-les au restaurant et au cinéma – faites-en une véritable sortie dont vous vous souviendrez en tant que famille. Au-delà de la conversation elle-même, passez du temps ensemble afin de donner l’occasion à la confiance de grandir et à votre relation de s’épanouir. Cela aidera à alléger la conversation et préparera votre enfant à se tourner vers vous lorsqu’il ou elle aura des questions ou des inquiétudes à ce sujet à l’avenir.

Ils en sauront plus que vous ne le croyez, vous pouvez comptez dessus

Je connais des parents qui croient qu’à 11 ou 12 ans, leurs enfants ne savent toujours rien à propos de la sexualité. Je vous assure qu’à moins qu’ils ne vivent en isolation complète, ils en savent bien plus que vous ne le pensez. Les enfants se parlent entre eux. Les enfants regardent la télévision. Notre culture nous submerge de sexualité, et nos enfants sont affectés par cette réalité.

Cela ne signifie pas qu’ils aient une compréhension parfaite de la sexualité, loin de là. Il est en fait assez probable qu’ils aient mal compris ce qu’ils ont vu ou entendu, et même s’ils ont bien cerné le message de notre culture, ce n’est probablement pas le message que vous souhaitez qu’ils écoutent. Voilà la raison pour laquelle votre rôle est si vital. La plupart des enfants ont bien des pièces du puzzle à leur disposition, mais ce ne sont que des fragments. C’est vous qui avez la responsabilité de les aider à rassembler ces pièces en un tout cohérent afin qu’ils aient une vue d’ensemble qui reflète les valeurs qui vous tiennent à cœur en tant que famille. Discutez de façon ouverte pour qu’ils puissent bien saisir cette vue d’ensemble.

Ne craignez pas la franchise. Oui, bien sûr, notre choix de mots et autres considérations exigent réflexion. Mais gardez à l’esprit que vos enfants ont reçu force messages de toutes sortes de la part des médias, de leurs amis et même de leurs professeurs, et que ces messages sont parfois très graphiques. Les enfants d’aujourd’hui ne baignent pas dans l’innocence ou la naïveté que nous préférerions pour eux. Alors nous nous devons de faire face à ces questions avec courage, transparence et honnêteté.

Exemplifiez une sexualité saine

Vos enfants sauront détecter vos propres perspectives sur la sexualité. Ils voient comment leurs parents se comportent l’un envers l’autre. Ils remarquent sûrement aussi la petite étincelle dans vos yeux lorsque vous vous amusez ensemble. Si la sexualité est vécue de façon saine au sein de votre mariage, vos enfants auront les éléments dont ils ont besoin pour comprendre le don que représente la sexualité pour un couple marié.

L’envers de la médaille peut se manifester sous plusieurs formes; je connais malheureusement bien trop de jeunes garçons dont le premier contact avec la sexualité a été de trouver la collection de magazine pornographiques de leur père sous le lit parental. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que vos enfants développent des attitudes et des pratiques saines par rapport à la sexualité s’ils vous voient faire autrement. Les chiens ne font pas des chats. Assurez-vous donc vous-même de vivre comme vous souhaitez que vos enfants vivent pendant qu’ils grandissent.

La primordialité du transfert des valeurs

Il y a deux facettes à l’éducation sexuelle. D’un côté il y a le côté quasi-technique : l’explication de la sexualité en tant que telle, les fonctions des divers organes et comment on fait un bébé. De l’autre côté il y a la question des valeurs : le rôle de la sexualité dans la vie et dans le mariage, les comportements sexuels acceptables et inacceptables, et comment agir avec une personne du sexe opposé. Les écoles peuvent s’avérer efficaces dans l’enseignement du côté technique, mais dans la plupart des cas, le côté des valeurs est faible ou absent. Les normes et valeurs sexuelles enseignées dans les établissements scolaires ne refléteront peut-être pas les valeurs de votre famille. Vous êtes le(s) seul(s) à pouvoir les inculquer à vos enfants.

Ma recommandation est que ce soit le parent du même sexe que l’enfant (les mères avec leurs filles et les pères avec leurs fils) qui lui expliquent les aspects techniques de la sexualité. L’enfant sera en général plus à même d’oser poser les questions les plus délicates au parent du même sexe. Le parent du sexe opposé a un rôle vital dans l’éducation sexuelle de l’enfant, en particulier sur les questions de comportement avec les personnes du sexe opposé. Mamans, allez au restaurant avec votre fils et apprenez-lui à se conduire en gentleman avec vous. Apprenez-lui ce que cela veut dire de traiter une jeune fille comme une princesse. Papas, allez vous aussi au restaurant avec votre fille et traitez-la comme une princesse. C’est vous qui devriez établir un standard élevé pour qu’elle sache comment elle devrait s’attendre à être traitée par un homme, et qu’elle n’accepte pas simplement d’être traitée sans considération ou même d’être maltraitée par un homme à l’avenir.

Je ne pense pas pouvoir trop insister à ce propos. Cela fait maintenant 18 ans que je travaille avec les jeunes. J’ai vu un grand nombre d’enfants commencer leur adolescence avec des valeurs complètement tordues par rapport au sexe opposé. Leur attitude ne démontre pas le respect; leurs attentes les poussent plutôt à considérer ce qu’ils peuvent obtenir d’une personne du sexe opposé pour leur apporter le plus de plaisir possible. C’est là la perspective promue par les médias, et les enfants grandissent donc en pensant qu’il est normal qu’il en soit ainsi.

Il y a cependant une autre perspective sur la sexualité. Elle consiste à voir la sexualité comme un don précieux qui vient de Dieu, et qui est destiné à l’épanouissement des époux au sein du mariage. Elle exige une attitude de respect envers l’époux ou l’épouse qui souhaite ce qu’il y a de mieux pour l’autre, plutôt que « ce que je peux en tirer pour mon propre plaisir ». Il est fondamental que vous fassiez don de cette valeur de respect de l’autre à vos enfants, et de leur parler de l’importance d’attendre jusqu’au mariage. Il est toujours possible de faire l’amour plus tard, mais nous ne pourrons jamais défaire les erreurs que nous regretterons plus tard. Parents, bon nombre d’entre vous le savent bien, ne serait-ce que par expérience personnelle. Ne laissez pas les erreurs du passé vous empêcher de donner à vos enfants l’éducation sexuelle dont ils ont besoin. Laissez plutôt vos expériences vous donner la motivation nécessaire pour ouvrir la voie du dialogue avec eux, afin qu’ils ne commettent pas eux-mêmes les mêmes erreurs.

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Une réponse à “La petite graine, la rose, le chou et la cigogne : Comment discuter de la sexualité avec vos enfants”

  • MAUGIS says:

    Le chou et le mythe de la virginité

    Les enfants sont curieux, c’est comme cela qu’ils apprennent. Alors, le chou, est-ce la bonne réponse à leur question ? Sujet moins anodin qu’il n’y paraît. L’argent et le sexe dirigent le Monde, dit-on. Pour l’argent, c’est un sujet fort débattu, on ne reviendra pas sur la fascination du pouvoir. Pour le sexe, c’est une autre affaire mais on peut légitimement se demander si, aujourd’hui, notre société ne doit pas ses dérèglements autant au pouvoir du sexe qu’à celui de l’argent. Le constater, c’est bien, l’expliquer et le comprendre pour guérir le mal, c’est mieux. Si aujourd’hui, malgré mon grand âge, j’avais un enfant à élever, je ne lui parlerais certainement pas de ces questions comme ce qui m’a été raconté par mes parents et comme ce que, moi-même, j’ai raconté à mes propres enfants. Il y a dans tout apprentissage une progression naturelle qu’il faut respecter. Aller trop vite ou trop lentement en besogne est contreproductif. On devrait donc s’attacher davantage à la problématique de l’apprentissage de la sexualité. On a à faire à un élan vital qui, au fil des ans, devient impétueux et même violent si on ne respecte pas cette progression. On ne s’en rend pas toujours compte mais le mythe des choux a quelque chose à voir avec celui de la virginité. Les lois de protection de l’enfance sont fort bien faites mais n’ont rien à voir avec l’indispensable apprentissage de la vie. Pour les garçons aussi bien que pour les filles, repousser sans cesse les questions relatives à l’évolution de son corps et à ce qu’il y a à la fois de plus intime et de plus prégnant, amène à des frustrations et des refoulements qui peuvent être explosifs.
    A tous âges, une vision plus naturelle et plus saine de la sexualité serait, me semble-t-il, de nature à apaiser les troubles sexuels dont souffre notre société.

    Robin Deforest.

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