Laisse tomber!

Auteur: Sheila Wray Gregoire

L’amertume est souvent plus coûteuse que le pardon, même lorsque pardonner va à l’encontre de notre désir de justice.

Récemment, nous avons reçu une contravention de la part de la société de stationnement de la ville de Toronto. Selon eux, nous aurions stationné notre voiture dans une zone interdite, et nous leur devions 40 $ d’amende. Il n’y avait qu’un problème : nous n’étions pas coupables. Certes, le numéro de la plaque d’immatriculation cité dans le document était bien le nôtre, mais nous n’étions pas à Toronto le soir en question. Mon mari travaillait à l’urgence et je me trouvais à la maison avec les enfants, à plus de 200 kilomètres de cette ville. « Aucun problème », me suis-je dit. « Je vais vite régler ce malentendu. »

C’était beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Il n’y avait aucune adresse électronique sur le document; il n’y avait qu’un numéro de téléphone (et ce n’était pas un numéro sans frais). Nous pouvions soit téléphoner pendant les heures de bureau ou nous rendre au bureau en personne. Donc, j’ai téléphoné, et téléphoné, et téléphoné encore, pendant trois jours. Chaque fois, la ligne était occupée. Finalement, on m’a répondu. « Vous êtes le client 24. L’attente sera d’environ 38 minutes. » Et donc, j’ai attendu, et attendu, et attendu encore. J’étais le client 17, 8, 3. Finalement, j’étais le client numéro 1. On achemine mon appel… et la ligne est coupée.

Désespérée, j’ai appelé une avocate spécialiste en matière de contraventions en pensant qu’elle pourrait m’aider. Elle m’a expliqué que si je ne payais pas l’amende dans le délai prévu, les autorités la doubleraient, et que cela me coûterait beaucoup plus de 40 $ pour gagner un procès. Le mieux serait de simplement payer l’amende. « Mais ce n’était pas notre voiture! » ai-je dit. « C’est le principe de la chose qui compte! » Elle m’a dit qu’elle comprenait ma frustration, mais qu’il n’y avait rien à faire.

Comment le gouvernement pouvait-il me faire cela? J’étais furieuse. J’ai raconté mon histoire à tout le monde, et j’ai découvert que d’autres personnes avaient aussi reçu de telles contraventions. « Qu’avez-vous fait? » ai-je demandé. « Nous avons payé l’amende. Nous n’arrivions pas à rejoindre qui que ce soit à ce numéro. »

Après une semaine passée à m’en faire, j’ai finalement constaté que je n’y pouvais rien. Parfois, il faut tout simplement laisser tomber.

Otage à l’amertume

La vie est souvent comme ça. Nous choisissons de nourrir l’amertume en nous disant que c’est le principe de la chose qui compte. Cependant, l’amertume n’offre rien de bon. Elle n’affecte en rien la personne contre laquelle nous nous fâchons, mais elle nous affecte grandement : elle nous fait douter des autres et nous enlève la paix.

Il n’est pas facile de laisser tomber les choses, mais c’est préférable à se rendre dingue. J’aurais pu refuser de payer cette amende injuste, mais cela m’aurait beaucoup coûté. L’amertume nous coûte souvent plus que de pardonner un acte injuste. Jésus ne met aucune limite au pardon qu’il nous offre. Selon Philip Yancey, auteur du livre What’s So Amazing About Grace?, (Touché par la grâce) il n’est pas naturel de pardonner. Cela nous semble tout à fait injuste d’offrir la grâce à une personne qui a mal agi. Mais, Jésus a payé le prix non seulement de notre culpabilité, mais de celle des autres aussi.

Le manque de pardon est le plus grand obstacle à la guérison sur cette terre. Il faut beaucoup d’humilité et de force de caractère pour choisir de ne plus tenir une personne coupable d’un acte; souvent, cela semble dépasser nos capacités. Mais aussi difficile que cela puisse paraître, vivre avec l’amertume est plus pénible encore. Comme le dit la conférencière, Patricia Frances, l’amertume est un poison que l’on boit dans l’espoir de voir l’autre en mourir. En nourrissant l’amertume, nous protégeons peut-être notre droit à la justice, mais nous abandonnons tout espoir de goûter à la liberté et à la paix et de voir Dieu agir pour transformer la situation.

Pardonner, ce n’est pas ignorer le problème

Pardonner, ce n’est pas ignorer le problème ou laisser quelqu’un continuer à nous faire du tort. C’est plutôt choisir de ne pas laisser de tels problèmes nous accaparer. Nous laissons tomber la colère et l’amertume afin de pouvoir jouir pleinement de la vie. Cela nous fait du tort de ruminer le problème et de chercher à nous venger. Si nous passons notre vie à nourrir de telles pensées, nous deviendrons aveugles à tout le bien qui nous entoure.

Voulez-vous pardonner quelqu’un qui vous a fait mal?  Avez-vous besoin de la prière?

Je connais quelqu’un qui a vu sa femme le quitter pour quelqu’un d’autre. Ce n’était pas beau. Ce n’était pas juste. Mais maintenant, cet homme maltraite ses enfants pour se venger contre elle. Il refuse de leur acheter du linge, des jouets, des articles d’école. Il néglige autant que possible de payer leur pension alimentaire par désir de retenir son ex-femme dans la pauvreté. Il croit la punir en agissant ainsi, quand en fait, ce sont les enfants et lui qui en souffrent. En nourrissant ainsi son amertume contre son ex-femme, il est en train de miner sa relation avec ses enfants.

Oui, elle l’a trahi. Oui, elle l’a blessé. Mais parfois, il faut laisser tomber. Ce n’est pas toujours facile; mais la vie est toujours plus belle lorsqu’on choisit de pardonner. Réclamer la justice à tout prix n’en vaut pas toujours la peine. Les gens comptent plus que les principes. Parfois, il est difficile de laisser tomber, mais c’est toujours la meilleure solution.

En terminant cet article, j’ai décidé de composer le numéro de téléphone de la société de stationnement une dernière fois. À mon grand étonnement, j’ai réussi à parler avec quelqu’un, et ils ont annulé l’amende. Cette nouvelle m’a fait du bien, mais j’avoue qu’une joie beaucoup plus grande avait accompagné ma décision d’abandonner mon amertume et ma colère.

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