Leadership, chance, intégrité et cancer

Auteur: Herb et Erna Buller

La journée d’aujourd’hui est une journée de fête pour Erna et moi. Il y a exactement dix ans jour pour jour,nous étions chez l’ophtalmologue dans une clinique de Winnipeg. Mon œil gauche venait tout juste de subir toute une batterie de tests. Après l’avoir examiné avec différents instruments, y compris avec un appareil à ultrasons, le médecin nous a donné son diagnostic :

« Vous avez une importante tumeur cancéreuse dans votre œil gauche et la seule chose que nous pouvons faire c’est de vous le retirer. »

J’étais assommé et tout ce que j’ai réussi à dire c’est  :« Je crois que je vais vomir ». Erna quant à elle a demandé au médecin comment il le savait.  J’avais la nette impression que j’allais m’évanouir si je me levais.

Je suis resté assis là avec la poubelle sur mes genoux, pendant qu’Erna a poursuivi la conversation.

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Le retour à la maison s’est déroulé dans un brouillard total alors que j’étais assis sur le siège du passager en état de choc. Erna et moi ne pouvions pas parler, tant nous étions perdus dans nos pensées en songeant à cette mort imminente qui planait sur nos têtes.

Nous avons obtenu une seconde opinion quelques jours plus tard, et nous avons eu confirmation du diagnostic de mélanome choroïdien, une tumeur située à l’arrière de mon œil et qui avait pour seul traitement, une énucléation, c’est-à-dire le retrait de l’œil.

Nous avons cependant appris qu’il existait une autre option : la radiation, mais que celle-ci ne pouvait pas être effectuée à Winnipeg. Nous nous sommes rendus à Philadelphie dans les 2 semaines qui ont suivi ce lundi sombre pour suivre un traitement par radiation. Le traitement a fait son effet en tuant progressivement la tumeur. Mon œil a pu être sauvé, mais j’ai perdu la vue car la procédure a, comme on s’y attendait,  endommagé mon nerf optique.

Avant de sortir de l’hôpital, nous avons eu une séance avec une conseillère. J’ai utilisé mon humour comme à mon habitude, mais elle m’a tout de suite arrêté en prononçant ces mots :

« Il ne s’agit pas de votre œil, mais de votre vie.  Vous avez un mélanome et les métastases peuvent facilement s’étendre à votre cerveau, vos poumons ou votre foie.  Vous devriez vous inquiéter… »

Voici ce qu’a déclaré Théodore Roosevelt dans un discours prononcé à Cambridge(Angleterre) en 1910 :

« Il est évident qu’un homme doit profiter des occasions qui se présentent à lui, mais il faut justement que ces occasions-là se présentent. Sans guerre, pas de grand général, et sans excellente occasion, pas de grand homme d’État.  Si Lincoln avait vécu en temps de paix, son nom ne serait pas connu aujourd’hui. »

Ma vie a été remplie de possibilités, mais ma maladie a été le défi le plus difficile auquel j’aie été confronté.

En toute honnêteté, au départ, je n’ai pas du tout considéré cette maladie comme une chance, mais avec le temps, et en particulier maintenant que j’ai le privilège de pouvoir regarder en arrière, je considère que ce cancer a été pour moi une grande chance et c’est toujours le cas.

Faire preuve de transparence avec les employés

J’ai toujours estimé qu’un leader devait faire preuve de transparence et tenir ses employés informés, quelle que soit la situation. Tenir des réunions régulières était monnaie courante au sein de notre entreprise et nous en profitions pour parler des dernières nouvelles, y compris des sujets portant notamment sur la participation aux bénéfices, les secteurs à améliorer et les objectifs futurs.  La nouvelle de ma maladie était par contre complètement différente de celles auxquelles nous étions habitués. C’est facile d’annoncer les bonnes nouvelles, mais tout le monde n’a pas forcément envie d’en apprendre de mauvaises,  en particulier si ça concerne le patron.  Certains de mes employés m’ont conseillé d’attendre d’en savoir davantage sur ma situation avant d’en parler.

Erna et moi savions tous les deux que mon cancer était grave, puisque nous avions lu des ouvrages et avions parlé aux personnes compétentes dans ce domaine.  Cependant, je savais que si nous n’en parlions pas à notre personnel, les rumeurs commenceraient à se propager et seraient pires que la réalité.

À cette époque, nous avions plus de 1,000 employés et avant de nous rendre à Philadelphie pour le traitement,  je leur ai raconté mon histoire. Je leur ai dit :« Je sais que parmi vous il y en a beaucoup qui prient, alors je vous demande de prier pour moi pendant cette période difficile. »

Grâce à la franchise dont j’ai fait preuve, aucun de mes employés ne m’a évité; bien au contraire, certains me disaient tout le temps qu’ils priaient pour moi et que les membres de leur famille élargie priaient eux aussi pour moi.  Quelle bénédiction cela a été pour nous, et ça l’est toujours. Le soutien que nous avons reçu nous a bouleversés.Aujourd’hui encore,  des gens me demandent toujours comment va mon œil.   Le mot cancer est un mot que les gens ont du mal à prononcer.

De nombreux leaders pensent qu’ils doivent être des surhommes invincibles, mais ils ratent cette expérience extraordinaire que l’on vit lorsque des gens s’inquiètent pour vous et souhaitent vous aider du mieux qu’ils peuvent.  Les leaders ne savent pas tout; en réalité, ce sont les gens sur le terrain qui en savent plus que les autres,  mais cela n’empêche pas les leaders de croire qu’ils sont nuls s’ils admettent qu’ils ont besoin d’aide pour résoudre un problème.

Depuis le diagnostic de ma maladie,  j’ai eu de nombreuses rencontres enrichissantes avec d’autres personnes souffrant du cancer.  L’une de ces personnes était déjà à un stade avancé de cette terrible maladie. Cette personne a communiqué avec moi après avoir appris que je souffrais d’un cancer.  Ce qui est intéressant, c’est que j’avais essayé d’entrer en contact avec ce monsieur avant de savoir que j’étais malade afin de l’encourager et de prier avec lui.  Il ne m’avait pas répondu, mais maintenant c’était lui qui venait à MON secours.

Une autre de ces personnes m’a posé la question suivante :  « Herb, qu’as-tu ressenti lorsque tu as découvert que tu avais le cancer? » Cette question a été le prélude à des moments de partage intenses.

La troisième personne a également reçu un diagnostic de mélanome à l’œil.  Cela était très inhabituel, car le cancer de l’œil ne touche que 6 personnes sur un million.  Nous avons pu parler sans aucune gêne de nos traitements similaires et de notre état général.

Quatre de mes amis atteints de cancer sont déjà décédés et ils étaient tous plus jeunes que moi.  Par la grâce de Dieu, j’ai pu leur apporter une aide pendant leur pèlerinage spirituel.   Je suis certain de les revoir tous au paradis un de ces jours.

En outre, j’ai un lien spécial avec toute personne souffrant ou ayant souffert d’un cancer. Nous formons un groupe à part.

Quelle chance formidable j’ai eue grâce à ce cancer et je suis tellement reconnaissant d’avoir pu considérer cette maladie comme une occasion d’aider les autres. Le proverbe :

« Celui qui arrose sera lui-même arrosé » est certainement vrai dans mon cas.

Il y a cinq ans, j’avais 42 % de chance de survie avec mon type de cancer. Aujourd’hui, Erna et moi célébrons mes 10 ans sans cancer. Je continue à passer des examens tous les trois mois, et mes résultats sont positifs à chaque fois. Que Dieu soit loué.

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