Mon fils qui est au ciel

Auteur: Beth Scholes

J’ai donné naissance à mon fils à 19 semaines de gestation. Nous l’avons nommé Jacob. Nous lui avons dit bonjour et adieu dans moins d’une heure. Il n’est pas une fausse-couche ou un presque-bébé. Il est mon fils. Je lui ai écrit cette lettre trois années après son décès. C’est une porte d’entrée au cœur d’une mère, une lettre écrite à Jacob, mon fils, qui habite au ciel. Si tu as perdu un enfant, ou si tu connais quelqu’un qui a perdu un bébé, tu partages peut-être ces sentiments.

Cher Jacob,

Cela fait déjà trois ans que nous t’avons rencontré pour te dire adieu, trois années pendant lequel le temps passait soit trop rapidement, soit trop lentement. J’ai peine à croire que c’est trois ans déjà.

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C’est étrange, la relativité du temps, qui s’éclipse ou s’éternise. Lorsque la souffrance m’envahit, les heures me semblent interminables. Mais lorsque je vois d’autres enfants de ton âge, le temps semble s’envoler avec le vent. Dans mes pensées, tu es un bébé, mais tu ne serais plus un bébé.

Cette semaine, j’ai permis à des pensées de toi d’envahir mon imagination. (Je ne me le permets pas souvent, car cela fait trop mal.) Cette semaine, je me le suis permise, et je me suis demander quelle couleur serait tes cheveux.  À trois ans, tu aurais tous tes cheveux. Et qu’en serait-il de tes yeux et de ta physionomie? J’ai l’impression que tu aurais l’air de Sam, qui ressemble à Papa. Mais comment serais-tu différent de lui? Quelle serait ta personnalité? J’imagine que tu serais un enfant facile à vivre. Le quatrième enfant a besoin de l’être, après tout. Tu serais probablement très occupé, comme tous les garçons, et surtout mes garçons. Qui es-tu, Jacob?

Tu es un mythe. Tu es ce que je veux que tu sois. Je peux inventer ton apparence, ta personnalité; tu es le produit de mon imagination. Mais j’en viens toujours à la constatation pénible que je ne connaîtrai jamais la réponse à mes questions, malgré toute mon imagination. La douleur qui s’est atténuée le temps de t’imaginer fini toujours par envahir de nouveau mon cœur en même temps que la constatation de mon incapacité à trouver de vraies réponses.

Quelques enfants ont des amis imaginaires, mais les mères qui ont perdu leur bébé ont des enfants imaginaires, fondés sur la réalité, car je t’ai vu de mes yeux, j’ai entendu battre ton cœur, je l’ai ressenti quand tu bougeais. Mais ce n’était qu’à une seule occasion, mon fils. Je ne t’ai vu qu’une seule fois, je n’ai entendu battre ton cœur qu’une seule fois, je t’ai ressenti bouger une seule fois, mais tu as vécu avec moi pendant 19 semaines. Pendant 19 semaines, un petit peu moins que 5 mois, j’ai rêvé de mon bébé, et un lien s’est tissé entre nous, un lien qui durera pour la vie. Bien que je ne puis qu’imaginer ta personnalité et ton apparence, tu es réel, mon fils! Mon amour pour toi est réer et je m’accroche à l’espoir de notre réunion au ciel.

Cette année, pour ton anniversaire, j’ai acheté une autre figurine Willow Tree.  C’est un petit garçon, les mains en l’air, qui tient un ballon bien haut pour que tout le monde puisse le voir. Son visage est levé vers le ciel, et ses bras sont tout à fait étendus. Sur le ballon se trouve inscrit le mot ESPOIR. Je l’ai acheté parce que ce pourrait être un petit garçon de deux ans et demi, et c’est l’âge que tu aurais si tu te trouvais ici dans mes bras. Je choisis d’espérer qu’il y a un ciel. Cette figurine d’un petit garçon me servira de rappel de mon fils au ciel, et de l’espoir de me retrouver de nouveau avec toi un jour, même si ce n’est pas possible pour maintenant.

L’espoir est tellement important Jacob, parce que j’ai l’espoir de te revoir un jour au ciel. Je m’attends à ce que je puisse te reconnaître. Comment une mère pourrait-elle ne pas reconnaître son enfant? (Cela me fait de la peine d’avoir à penser à de telles questions.) C’est vrai que je ne sais pas de quoi tu as l’air ni comment tu agis. Mais l’espoir remplit de nouveau mon cœur pour me dire que je te reconnaîtrai surement, et je suis certaine que Dieu accordera ce cadeau à ce cœur de mère.

Même à écrire cette lettre, je me trouve les larmes aux yeux. Je pleure du fait que je ne peux pas te voir grandir avec nos amis; je pleure le fait que je dois me contenter de t’imaginer plutôt que de courir après toi pour te dire : «Arrête ça» ou «Descends de là.» Je pleure parce que tu es mon enfant imaginaire d’une certaine façon. Quelques-unes de mes larmes sont des larmes de deuil pour le vide que tu as laissé dans mon cœur et dans ma vie; d’autres larmes sont des larmes de joie à la pensée que nous nous reverrons un jour.

Voilà Jacob, les rêveries de ce cœur de mère trois ans après ton décès. Je me rappelle que deux semaines après ta naissance, je me demandais quand je me remettrais de ce deuil, combien de temps cela me prendrait pour en guérir. Heureusement, personne ne m’a dit «toute une vie.» La douleur s’est transformée avec le temps, car personne ne peut vivre pour toujours un deuil envahissant. Mais je sais que la douleur ne s’éclipsera jamais complètement.

Je ne me remettrai jamais pleinement de la peine d’avoir perdu mon fils. Tu sais, Jacob, certains ne te voient même pas comme une personne, ils ne me considèrent même pas comme ta mère parce que tu n’as jamais pris ton premier souffle ou vécu à l’extérieur de mon sein. Combien peu connaissent-ils de la vérité, Jacob. Peut-être pourrons-nous un jour partager le message de la vie avant la naissance et du lien qui se crée entre une mère et son enfant, quel que soit son âge.

C’est le temps de te dire au revoir pour maintenant.

Tout mon amour,

Maman

Si tu as vécu la perte d’un enfant, je t’offre toutes mes condoléances. Si tu aimerais parler avec quelqu’un par courriel, tu peux utiliser ce formulaire pour contacter un mentor. Ce service d’accompagnement par courriel est tout à fait gratuit et confidentiel.

Quand le berceau est vide

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