Je ne veux plus faire le gentil chrétien

Auteur: Paul Coughlin

Tu dois reconnaître que la crainte est non seulement nocive, mais mal; non seulement inutile, mais destructive. – RABBIN SHMULEY BOTEACH

L’homme ordinaire est passif… devant les événements majeurs de la vie, il se trouve aussi dépourvu que devant les forces de la nature. Plutôt que de travailler à influencer l’avenir, il se contente de s’étendre et de laisser les événements se dérouler sans lui. – GEORGE ORWELL

Selon vous, que se passerait-il si Jésus se présentait à votre église dimanche prochain pour interpeller les gens de la même façon qu’il l’a fait dans les évangiles?

« Hypocrites! Sépulcres blanchis! Insensés! Hommes lents à comprendre! Espèces de vipères! »

Étant donné à quel point on s’attend à ce que les chrétiens fassent le gentil, j’ai l’impression que les gens se rueraient sur l’estrade pour lui enlever le micro. «Tsk! Tsk! Tsk!» marmonneraient-ils dédaigneusement, en lui faisant « non » du doigt. Certaines femmes chercheraient peut-être même à lui laver la bouche avec du savon, en récitant la devise officieuse de l’église : « Si tu n’as rien de bon à dire, ne dis rien du tout! »On lui rappellerait l’importance des bonnes manières et des apparences dans ce lieu saint.

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Il devrait vraiment avoir honte de lui.

L’Église aime la honte. Elle aide à contrôler les hommes, à les tenir humbles, la tête baissée. Prétendument.

En réalité, si ce n’était pas de la honte, les hommes pourraient peut-être vivre la vie dynamique à laquelle Dieu les appelle, et ce monde s’en trouvait de beaucoup amélioré.

Mais ce que nous avons, ce sont plutôt de gentils chrétiens passifs et naïfs. Nous nous assoyons près d’eux sur les bancs d’église sans constater que leur identité est menacée, qu’ils abdiquent leur volonté et que les vies de toutes les personnes qu’ils aiment et qui dépendent d’eux s’en trouvent diminuées. Tout le monde est perdant lorsque nous suivons un faux idéal.

Le fait qu’on s’attend que les chrétiens suivent une caricature de Jésus frustre ceux d’entre nous qui possèdent une nature masculine vitale et qui se font dire de la faire taire. Ma riposte à cela est : soyons authentiques, sans nous en excuser — nous ressemblerons plus au vrai Jésus en agissant ainsi.

Il n’y a pas si longtemps, je me serais joint à cette foule cherchant à faire taire Jésus, pour la simple raison que ma conception du Sauveur était loin d’être ancrée dans la réalité. Beaucoup d’entre nous croient en un Jésus sombre, robotique, suprêmement gentil. Il ne ferait jamais appel au sarcasme; sa maman l’a élevé pour être un gentil garçon au comportement impeccable.  Beaucoup de sermons nous présentent un Jésus calme, accueillant, infiniment patient. C’est une fiction du genre Le Code Da Vinci; ce Jésus doux s’apparente plus au mysticisme oriental qu’aux évangiles. Il ne planait pas au-dessus des passions des« petits êtres humains ridicules ». Non, il a partagé pleinement notre vécu en vivant comme nous. Il a connu une joie débordante et une souffrance accablante. Il n’a pas adopté une position de yoga et bu du thé en nous observant d’un air amusé et en cherchant à vider son esprit de conflit et de division. Jésus, le dissident, a plutôt introduit dans le monde le conflit et la division nécessaires pour nous éveiller, pour notre propre bien.

Jésus, le gentil ultime?

Lorsque nous lisons les textes des évangiles où Jésus perd patience avec les gens et utilise d’épithètes à leur égard, nous avons tendance à penser qu’il n’est pas sérieux, ou qu’il le dit en souriant, parce que Jésus ne serait jamais aussi impoli!  Il ne s’est pas vraiment fâché, nous disons-nous. Il n’a fait qu’élever un peu la voix pour attirer l’attention des auditeurs, tout comme le font les guides lorsqu’ils parlent à un groupe de touristes sur une rue achalandée.

Par le passé, j’ai lu les traits d’exclamation qui suivaient les expressions comme « hypocrites! » ou « espèces de vipères! » comme des italiques bibliques. Jésus ne faisait que mettre une emphase — il n’a pas vraiment crié contre quelqu’un… Tu parles de faire du marketing! J’ai beaucoup cherché à améliorer l’impression que mon Sauveur donnait de lui-même.

J’ai créé ma propre traduction révisée sans autorisation, La Bible du gentil, que je vois beaucoup d’autres hommes utiliser. J’ai révisé certaines parties et carrément enlevé d’autres passages pour m’esquiver de Dieu et de sa volonté pour moi. J’ai gardé à l’esprit cette impression tordue de Jésus, comme tout gentil chrétien croit devoir faire, jusqu’à ce que cette caricature soit démolie par ma découverte du sens de l’humour de Jésus-Christ. Son sarcasme inspiré m’a aidé à découvrir la façon dont il a vraiment vécu et parlé, à l’opposé de ce que je m’étais imaginé à son sujet. Le voile s’est levé. J’ai finalement compris clairement.  Je me suis réchauffée à la lumière de la vérité qui sauve, et j’ai repris goût à la vie.

J’ai commencé à me poser des questions comme celles-ci :

Pourquoi, lorsqu’on se demande ce que Jésus ferait dans notre situation, s’imagine-t-on qu’il répondrait d’une façon tranquille et douce, quand il a si souvent agi et parlé d’une façon hardie? Si Jésus a dit que nous devons être sages comme des serpents et innocents comme des colombes, pourquoi alors ai-je entendu maints sermons sur l’importance de demeurer innocent — une douce vertu —, mais si peu de sermons sur l’importance d’user de sagesse, une vertu plus robuste qui se manifeste parfois dans le conflit?

En faisant le retour sur ma vie, je constate que j’avais cru à cette caricature d’un Jésus toujours doux et débonnaire,  parce que c’est ce que les cultes dominicaux des églises présentent dans leur espoir de rendre Dieu attirant pour les gens d’aujourd’hui. On m’avait fait comprendre, sans jamais le dire comme tel, que la voie sûre et plaisante est la meilleure.

Pour moi, la fiction populaire voulant que Jésus soit le plus gentil des gars ne tient plus debout. Avez-vous vu l’autocollant affirmant : « Jésus est mon meilleur ami? » Voyons donc! Je ne demande pas à mon meilleur ami de me pardonner mes péchés. Je n’adresse pas de prières à mes meilleurs amis. Je n’adore pas mes meilleurs amis. L’Agneau de Dieu est aussi le Lion de Juda. Il est bon, mais il n’est pas un gentil ami.

Ce n’est pas le pire. Les gentils chrétiens se font dire qu’en devenant des carpettes involontaires pour les autres (une compréhension erronée de ce que signifie se sacrifier pour les autres), ils pourront magiquement (contre toute compréhension de la nature humaine et tout exemple historique),  amener les gens à Christ. Est-ce vraiment ce que Jésus ferait? Est-ce vrai que les gens deviennent convaincus de la vérité d’une croyance parce que ses adeptes sont gentils, polis et soumis?

Bill Hybels dit plutôt que le chrétien passif repousse le non-chrétien :

Avec le temps, j’ai découvert que les chrétiens timides n’impressionnent pas les gens en quête de Dieu… La plupart du temps, ces gens respectent et admirent les chrétiens qui n’ont pas peur de s’afficher…

Laissez-moi le répéter : les gens en quête de Dieu ont peu de respect pour les chrétiens timides. Ce qu’ils cherchent vraiment, c’est quelqu’un — n’importe qui — prêt à se tenir debout pour proclamer la vérité et la vivre hardiment. (Bill Hybels : Devenir un chrétien contagieux)

Entendre ce que nous voulons entendre

Ce n’est pas que l’église est la seule responsable de cet état de choses. Ce serait beaucoup plus simple et beaucoup moins gênant si c’était le cas. J’entendais ce que je voulais entendre. J’ai accueilli cette caricature du Seigneur parce que, comme des millions d’autres gentils chrétiens, je ne pouvais accepter la vérité (ou je ne croyais pas pouvoir l’accueillir). Je ne pouvais pas goûter pleinement à son amour parce que la crainte m’envahissait tellement. Lorsque la crainte et son amie monstrueuse, l’anxiété, contrôlent notre vie, il nous est impossible de connaître l’abondance de vie et la liberté incomparable que Jésus nous offre et nous invite à rechercher.

On m’a enseigné à demeurer toujours plaisant, à ne jamais déranger les autres, à tourner l’autre joue pour les mauvaises raisons; j’avais adopté la vision classique du gentil chrétien. Je me voyais comme défectueux et mauvais, non à cause de mon péché, mais parce que ma perception de soi était fausse. Les autres avaient droit au respect du simple fait qu’ils étaient humains. Quant à moi, faites-moi ce que vous voulez, parce que mes pensées, mes sentiments, mes besoins et mes désirs ne comptent pas. Les autres étaient des gens normaux : je me voyais comme une sous-espèce, l’enfant d’un moindre dieu. C’est là ce qui m’empêchait d’accueillir l’amour de Dieu et d’aimer les autres. Le Jésus dont on me parlait était toujours attristé par mon péché, et je lui demandais constamment d’en payer le prix. Il était épuisé, tourmenté, lointain, un homme pâle au cœur d’une tragédie de l’histoire —il donnait l’impression qu’il avait lui-même besoin d’être sauvé. Et son Père était fâché contre moi et très déçu de moi, Monsieur Gaffe.

Cette fausse image de Dieu garantissait que ma petite vie passe inaperçue, et pire encore, demeure anodine.   Et en plus, je pouvais tout dissimuler sous le cachet de l’humilité chrétienne!

Ce scénario dénigrant et destructif s’imposait sur mes pensées comme un slogan publicitaire qui me hantait depuis ma jeunesse.  Ce message constant de mon manque d’importance m’a encouragé à gaspiller ma vie de façons désastreuses. Il est venu me voler ma passion, mon énergie et mes ressources et m’a rempli d’amertume et d’anxiété. Je m’appelle Paul, et je suis un ancien gentil chrétien qui a finalement réalisé que ce que nous appelons la gentillesse courageuse est souvent la passivité lâche déguisée.

Ce texte est extrait et traduit du livre No More Christian Nice Guy: When Beling Nice–Instead of Good–Hurts Men, Women and Children by Paul Coughlin, Copyright © 2005, Bethany House Publishers. Utilisé avec la permission de l’auteur. Toute duplication interdite sans permission préalable.

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