Râle, râle, râle

Auteur: Phil Callaway

Traduit de l’anglais par Alix Rouvinez

Et on se plaint…

Je souffre d’une maladie chronique :  la plaintomania. Je râle.  Je pousse de gros soupirs.  J’émets des objections.  Parfois la litanie de mes plaintes impatiente mon épouse.  Elle me dit,  « Tu devrais arrêter de te plaindre, Phil. »  Mais je lui rétorque,  « Je n’aime pas vraiment le ton sur lequel tu me parles, mon ange, cela m’agace. »  Je n’aime guère l’admettre, mais dans une même semaine, je me suis déjà débrouillé pour gagner la médaille d’or olympique de la Plaintomania et les lauriers des Gémissements les plus Pathétiques. Et mes plaintes sont diverses et variées, comme la liste des plus récentes, reproduite ci-dessous, en atteste :

  • L’eau du robinet.  Elle laisse des traces sur les tasses.
  • Je dois quotidiennement suivre le parcours de mes enfants adolescents à travers la maison entière pour éteindre les lumières qu’ils laissent allumées derrière eux.  C’est quasiment une occupation à temps plein.
  • Les moustiques.
  • L’attente qui n’en finit pas dans les cabinets médicaux, avec en sus de la lecture médiocre à disposition.
  • Le temps qu’il fait.
  • Pourquoi les éboueurs ne passent jamais à l’heure.
  • Pourquoi les roues de mon caddie s’en vont chacune dans une direction différente.
  • La distance à parcourir pour me rendre à l’église et la lenteur de tous les conducteurs qui se sentent obligés de changer de voie à chaque fois que je le fais.

Au cœur de toutes ces plaintes, il s’est passé quelque chose.  Notre famille s’est rendue dans un pays du Tiers-Monde.  Le voyage était organisé avec le S.E.L., une agence de développement axée sur les enfants et profondément chrétienne, dont le slogan est  « Délivrer les enfants de la pauvreté au nom de Jésus. »  Lorsque nous étions là-bas, Dieu m’a révélé la superficialité de ma perspective de vie.

La grande majorité de ces enfants ne connaissent pas leur père.  Ils ne se tiennent pas devant le frigo en se demandant ce qu’il y a pour le dîner.  Il n’y a pas de frigo.  Il n’y a pas de dîner.

J’ai tenu des enfants dans mes bras, orphelins de père depuis que celui-ci est mort électrocuté en essayant de détourner juste assez d’électricité des grandes lignes municipales pour que la famille puisse avoir une seule lampe dans la maison.

Nous nous sommes rendus dans un village qu’une tornade avait complètement détruit.  Sauf l’église et le bâtiment de Compassion.  Ils m’ont raconté l’histoire miraculeuse avec des visages radieux ; oui, ils avaient tout perdu.  Oui, leurs maisons avaient été emportés par le vent.  Mais l’église était encore là.

Et je me retrouvais pris en flagrant délit.  Moi, qui râle à propos du temps qu’il fait, des lumières qui n’ont pas été éteintes après utilisation, et du temps d’attente quand on va voir le docteur.  Ces gens n’en avaient jamais vu aucun !  Moi, qui me plains de choses anodines comme le fait que mes cheveux commencent à recéder et qu’ils ont décidé de se frayer un nouveau parcours qui les fait émerger de mes oreilles plutôt que sur mon scalp.  Mais de quoi est-ce que je me plains ?  Mon habitude de me plaindre à tout bout de champs a anéanti la  reconnaissance en moi.

Le jour à nous avons rendu visite à Carlos, l’enfant dont nous sommes les sponsors, la chaleur était presque insupportable et nous avons bientôt été à court d’eau en bouteille. Jamais dans ma courte vie n’ai-je fait l’expérience d’une soif aussi atroce.  Soudain, la belle-mère de Carlos tira d’une petite boîte de glace le plus merveilleux cadeau qui soit :  une bouteille de Coca-Cola glacée.  Je l’ai caressée de mes doigts et j’ai rit comme un enfant qui vient d’entendre la blague la plus drôle de sa vie.  J’ai admiré cette bouteille et j’en ai savouré le contenu tout doucement, goûte à goûte, rafraichissant ma gorge reconnaissante.  J’ai depuis à nouveau goûté au Coca-Cola, et j’ai été sidéré de voir qu’ils avaient dû en changer l’extraordinaire recette : après tout, cette boisson m’avait paru être un nectar paradisiaque.  Cette boisson avait fait figure de compagnon, d’ami, et de professeur. Elle m’avait apprit à être reconnaissant pour toute bénédiction.

Pendant le long voyage retour en avion, j’ai écrit une liste de choses pour lesquelles je suis reconnaissant maintenant que j’ai vu le Tiers-Monde.

  • L’eau qui sort du robinet.  Et en prime, c’est de la bonne couleur.
  • Les lumières dans la maison.  Même si elles sont laissées allumées trop souvent.
  • Un lit sans grosses araignées dessus.  Surtout quand elles ne veulent pas partager les couvertures.
  • “De bas avoir à be boucher le nez.”  Dans certaines communautés, l’affront aux narines est indescriptible.
  • La possibilité d’attendre mon tour chez le docteur dans une salle à cet effet avec des fauteuils en cuir, un aquarium, et de l’espoir.
  • Des décharges en dehors de la ville.  Bon, peut-être qu’ils ne sont pas toujours à l’heure pour ramasser les poubelles, mais au moins on n’est pas obligé de partager nos trottoirs avec à perpétuité.
  • Les caddies et les magasins remplis de nourriture.  De toute ma vie, je ne pense pas avoir déjà été me coucher le ventre vide.  Je vais bannir l’expression  « Je meurs de faim » de mon vocabulaire.
  • La possibilité de conduire jusqu’à notre église.  Si nous étions obligés de marcher, je me demande combien d’entre nous continueraient à y aller.
  • Un endroit où dormir cette nuit.

Il y a encore des occasions de me plaindre qui se présentent.  Mais j’apprends de mieux en mieux à m’arrêter en plein dans l’acte et à remplacer mes plaintes par des mots de reconnaissance. Ce matin alors que je regardais dans le miroir, je me suis surpris à dire merci pour le peigne et la brosse à dents.  Même si je n’avais besoin que de cette dernière.

Comment pouvons-nous aider les gens en difficulté?

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Une réponse à “Râle, râle, râle”

  • Vahiné says:

    très bon article à mon sens …être reconnaissant et humble face à la Création !

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