Violence fraternelle

Auteur: Catherine Braun

Je détestais mon frère. Il n’arrêtait pas de me tourmenter et de se moquer de moi. Et je n’avais alors que dix ans.

Un matin, rendue adulte, je suis restée à regarder fixement un passage de la Bible. Ma peine s’est accrue quand j’ai lu : « Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jean 3.15). J’ai lu un autre verset donné en référence : « Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jean 4.20)?

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Je m’étais convertie à Christ quelques mois auparavant. Et j’étais maintenant torturée par la pensée que j’étais à la fois une meurtrière et une menteuse. Pour suivre ma pensée inadéquate, j’ai essayé d’arrêter de haïr mon frère, mais je n’y arrivais pas. Ma haine était enfouie bien profondément au fond de moi, comme un ver de terre qui ferait des trous dans mon cœur d’enfant.

Cela avait peut-être commencé par la simple rivalité fraternelle d’un garçon de deux ans qui poussait sa petite sœur nouveau-née hors de son berceau, histoire d’exprimer son déplaisir face à cette intrusion énervante. Je me rends maintenant compte qu’il avait de son côté des problèmes émotionnels parfaitement légitimes. Quoi qu’il en soit, son comportement inacceptable a perduré pendant des années. Non corrigée, la malice s’est glissée dans son cœur, comme une fouine dans un poulailler. J’étais devenue son souffre-douleur.

Hurler pour plus de justice

Les attaques sont rangées dans ma mémoire selon les différents endroits où nous avons habité. Les premières blessures véritables ont eu lieu dans notre première demeure, située au sommet d’une colline avec une vue sur l’océan dont l’horizon appelait à la sérénité. J’avais quatre ans et je ne me souviens plus pour quelle raison mon frère m’avait ouvert le crâne avec un morceau de ferraille. Je m’étais mise à hurler pour que mes parents viennent me défendre, mais personne n’était venu.

À huit ans, nous avons déménagé pour vivre à la compagne. Nous avons d’abord habité dans une maison en location en attendant la fin de la construction de notre nouvelle maison. Les fenêtres hollandaises, coupées en deux par le milieu, me fascinaient. Selon mon bon plaisir, elles devenaient l’étalage d’un magasin, une cage au zoo, ou des sections de portes ouvertes ou fermées à volonté. Un jour, mes parents nous ont laissés sans surveillance. Mon frère a foncé à travers ces portes, armé d’un manche à balai, et m’a frappé si fort que j’ai saigné et que j’en ai eu une bosse violette sur le front.

« Regarde ce qu’il m’a fait! », ai-je braillé en fin d’après-midi. Ma mère n’a pas su prendre en main la situation avec suffisamment de discipline. Mon père ignora purement et simplement l’accident, comme c’était son habitude. Il était lui-même violent. Nous l’avons vu maltraiter notre mère physiquement et émotionnellement pendant des années.

Nous avons emménagé dans notre nouvelle maison avant même qu’elle ne soit terminée. Là, mon frère a mis ma main au-dessus de ma main gauche en y taillant une série d’incisions avec un pique-olives. « Ne dis à personne de l’école comment c’est arrivé », m’a averti ma mère. J’étais maintenant toute seule pour me défendre. Je me suis révoltée et pour la défier j’ai raconté la vérité à la première personne qui me l’a demandé. Mais rien n’a changé.

Mes tibias étaient toujours couverts de bleus à cause des coups de pieds que mon frère me donnait avec ses chaussures à bouts renforcés. Mes seins naissants me faisaient mal à cause des coups de poing que j’y recevais, accompagnés d’horribles insultes à caractère sexuel. Je savais que cela ne servirait à rien d’en parler. Et donc, au lieu d’en parler, je laissais non seulement le soleil se coucher sur ma colère, mais j’étouffais mes sentiments. Je fermais et barricadais les portes.

Vers le milieu de mon adolescence, les agressions physiques de mon frère diminuèrent jusqu’à s’arrêter tout à fait. Ce n’était dorénavant plus l’histoire de mon frère, mais la mienne. Les gens ne voyaient pour la plupart que l’aspect placide et naturellement bon de mon caractère. Cette disposition naturelle dissimula la colère que je n’avais jamais assumée. Ma rage inexprimée s’était transformée en un iceberg qui effleurait la surface dans l’attente de détruire le premier navire qui passerait par là. C’est dans ces eaux glacées que Jésus m’a rencontrée, non pas en me condamnant, mais avec amour.

Changement de cœur

J’avais besoin de relire ces Écritures. Mais cette fois-ci, j’ai demandé à Jésus de m’aider à les comprendre correctement.

Comme j’étais perfectionniste, j’avais suivi l’exemple des pharisiens. J’essayais de suivre la loi en me fiant à mes propres capacités. Mais Jésus n’attendait pas de moi que j’arrête de haïr sans lui. J’avais fait fausse route en essayant de régler ce problème tout seul. Jésus voulait au contraire que je vienne à lui avec mon problème. Il est le seul capable d’opérer le genre de changement de cœur dont j’avais besoin.

Au fil du temps, Jésus m’a montré que je croyais dans beaucoup de faussetés. Je croyais que j’avais besoin de gagner la faveur de Dieu en étant bonne. Je croyais que je n’intéressais personne et que personne ne me protégerait. Je croyais que mes besoins n’étaient pas dignes d’intérêt. Je croyais que je ne méritais pas d’être aimée et protégée.

Mon interprétation enfantine de la parole de Dieu m’a occasionné des souffrances inutiles. Je comprends maintenant que quand passage des Écritures ne semble pas apporter une bonne nouvelle, c’est que je ne l’ai probablement pas bien comprise. Si je me retrouvais avec Jésus pendant mon enfance, nous aurions eu ce genre de conversation :

« Je déteste mon frère! »

« Oui, je sais. Je suis content que tu me le dises. »

« Tu veux dire que c’est OK? »

« Non, ce n’est pas OK, mais tu es OK avec moi. Raconte-moi ton histoire. Je t’écoute. »

Et je raconterais avec des sanglots et des pleurs toutes les peines, toute la colère et tous les sentiments d’impuissance qui m’accablaient en sachant qu’il me croirait et qu’il me comprendrait.

« Ce que ton frère a fait est mal. Tes parents auraient dû l’en empêcher. »

« Sniff… »

« Je suis désolé que cela te soit arrivé. Je t’aime. »

« Sniff. »

« Et tu sais aussi que c’est mal de haïr. Tu dois l’admettre et abandonner cette haine. Je t’ai pardonné. C’est maintenant à ton tour de lui pardonner, sinon la haine te mangera. Il te faudra du temps pour pardonner. Quand tu seras décidée, je ferai en sorte que cela devienne possible. Penses-y. À très bientôt! »

Encouragée et fortifiée, je pourrais alors revenir à ma haine, faire face à la vérité sur mon compte, confesser et être pardonnée, puis abandonner cette haine. C’est ce que rend possible l’amour et le pardon de Christ : regarder en face l’ampleur de notre laideur, sans perdre un instant l’assurance de l’amour et du pardon de Dieu.

J’ai confronté mon frère des années plus tard. Il faut mettre à son crédit qu’il a reconnu ses torts et exprimé de sincères remords pour les souffrances que ses actes m’avaient causées. Mais j’avais déjà à ce moment-là laissé aller presque toutes mes peines les plus douloureuses. C’était bon d’entendre sa confession., mais nous aurions pu avoir choisi de l’éviter. De toute façon, j’aurais eu besoin de lui pardonner.

Mon frère ne me maltraite plus du tout maintenant. Nous sommes amis. Il arrive pourtant que je doive me défendre de lui. Il est souvent importun, car il va au-delà des limites raisonnables. Je dois verbaliser mes défenses en disant : « Non, tu ne dois pas faire ceci. Non, je ne permets pas cela. Éloigne-toi. Fais-moi plus de place. » Ce n’est bon ni pour lui, ni pour moi, ni pour notre relation de laisser son comportement me mettre en colère. Il est beaucoup plus sain d’exprimer mes désirs et mes limites.

Avez-vous ou êtes-vous en ce moment en train de souffrir de mauvais traitements? Êtes-vous plein de rage, de colère, d’amertume et de rancœur? Si cela est le cas, sachez qu’avec Jésus, il est possible de guérir. La première étape de ce processus de guérison est d’accueillir Jésus-Christ comme votre Sauveur et Seigneur en entrant en relation personnelle avec lui.

Henri Nouwen a écrit : « Le pardon c’est le nom que l’on donne à l’amour tel qu’il est pratiqué parmi les gens qui aiment pauvrement. La triste vérité est que nous aimons tous pauvrement. Nous avons besoin de pardonner et d’être pardonnés tous les jours, toutes les heures, sans arrêt. C’est cela la grande œuvre d’amour qui se fait dans les faibles relations qui forment la famille humaine. »

Il est facile de trouver les fautes des autres. C’est même encore plus facile quand ils ont commis des péchés flagrants. Il est plus difficile de pardonner, puis de reconnaître honnêtement et de corriger nos propres fautes. Heureusement que nous avons un Sauveur qui nous aide justement à le faire!

 

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Une réponse à “Violence fraternelle”

  • quenard says:

    cette priere m a fait du bien car je metais eloigner de de Dieu suite a des injustices familiales et d autres difficultes personnelles . merci

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