Prendre le chemin d’une vie nouvelle

Auteur : Kari West

traduit de l’anglais par Sophie Meunier

Douze jours avant Noël, le courrier apporte une pile de meilleurs vœux, ainsi qu’une convocation au tribunal pour un divorce.

Alors que je regroupe les enveloppes, je n’imagine même pas qu’une seule seconde allait suffire pour anéantir des dizaines d’années de souvenirs et de traditions familiales : dénicher un vrai sapin au parfum de résine; se lover devant le feu de cheminée en écoutant les chants de Noël; parcourir du regard les photos d’un enfant qui grandit.

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, je comprends ce que je ne savais pas à l’époque. La période des vacances est difficile pour ceux qui ont perdu des êtres chers.

Accepter la perte

Plus on vit longtemps, plus on est confronté à la perte. Mais cela ne signifie pas que l’on y fait mieux face. Les souvenirs sont partout. Une chaise vide au bout de la table nous crève le cœur. Une chanson nous renvoie dans le passé. La dépression s’aggrave et on redoute de plus en plus le moment où les amis nous donnent de leurs nouvelles, qui consistent principalement à annoncer les prochaines réunions de famille ou la moyenne de leurs enfants à l’école. On se demande, pourquoi se fatiguer à envoyer des cartes? Après tout, qui est prêt à entendre notre peine?

Les conflits révèlent deux types de comportement opposés, que j’appelle les battants et les reclus. Les battants sont toujours prêts pour une bonne prise de bec. Un couple de battants risquerait d’être particulièrement explosif, mais pourrait tout de mêmeêtre heureux à condition d’apprendre à bien gérer les conflits. Ils s’emporteraient,régleraient la question, feraient la paix et passeraient à autre chose. Ce n’est pas mon genre,mais certaines personnes sont ainsi. Le danger? Répétés trop souvent, ces épisodes pénibles peuvent causer de sérieuses blessures.

À l’opposé, on trouve les reclus. Ils réagissent aux conflits en se fermant comme une huître. Un couple où les deux conjoints sont de type reclus préférera ignorer un problème ou l’analyser intérieurement. Dans le meilleur des cas, ils finiront chacun par conclure qu’il n’y a pas de quoi s’en faire et cesseront d’y penser, ou sortiront de leur isolement pour en discuter après avoir pris le temps d’y réfléchir. Dans le pire des cas, les conjoints accumuleront problème sur problème sans jamais avoir de conflit constructif qui fasse progresser leur couple, en plus de donner prise au ressentiment, qui pourrait bien les mener au point de rupture!

ACTION Sur une échelle de 0 à 10, 0 étant un reclus et 10 un battant, quel serait votre comportement type en situation de conflit? Dans quelle mesure votre couple arrive-t-il à cerner les problèmes, à en discuter et à les régler? Que pourriez-vous faire pour améliorer votre façon de gérer les conflits? On dit d’un conflit qu’il est constructif lorsque le problème est défini et que des solutions sont appliquées.

On oublie que notre Père divin ne se sent pas mal à l’aise face à notre douleur, et on ne devrait pas l’être non plus. Dieu nous laisse pleurer, nous vider de nos larmes et ressentir ce que l’on ressent. Jésus, Dieu le fils, pleurait (Jean 11.35 ; Luc 19.41) et il exprimait sa colère (Matthieu 15.7-9 ; 16:.3 ; Jean 2.16). Nos sentiments reflètent le degré de l’impact qu’on a subi : on ressent du chagrin ou de la colère parce qu’il y a eu une perte. On ressent un puissant désir de changer le résultat tout en se rendant compte de notre impuissance face à l’impossibilité de le faire. On tremble de peur à l’idée de ne pas pouvoir continuer sans la personne désormais absente.

J’ai entendu parler d’une veuve qui estimait que le changement est un manque de loyauté envers la mémoire de son mari. Après 15 ans, elle n’a même pas changé ses meubles de place parce que c’est trop douloureux. Et puis il y a Suzanna, en Virginie-Occidentale, dont le mari est mort d’un cancer. Être constamment occupée l’aide à éviter de sombrer dans le désespoir.

« Je me compare à une vidéo qu’on a besoin de lire à la vitesse normale, dit-elle. Je ne peux pas me mettre sur “pause” ou je vais m’enrayer dans un chagrin quotidien si profond que je risque de ne jamais en sortir. Si j’essaie d’appuyer sur “avancer”, je vais passer à côté de ce que Dieu m’enseigne ».

Mais peu importe ce que l’on a perdu et pourquoi, ne nous devons-nous pas d’accepter courageusement les pertes de la vie? Après tout, elles sont indissociables de l’histoire qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Saisir la vie

Notre déchirement et notre peur peuvent nous mener vers une force bien plus puissante que la nôtre. Si l’on autorise le Saint-Esprit à nous guider vers la vérité (Jean 14:17), la vie de Dieu en nous deviendra plus forte que les forces de la mort. Mais il nous faut saisir la vie. Chaque cycle du calendrier nous apporte l’occasion de le faire. Pour certains d’entre nous, cela signifie se réconcilier avec soi-même sur le fait de vivre  sans ceux dont on a besoin ou sans le bonheur qu’on attendait. Pour d’autres, il s’agit d’enterrer ce qui n’existe pas pour laisser place à ce qui existe, et ne pas se laisser emprisonner dans une vie qu’on ne vit pas.

Six mois après avoir reçu cette convocation, j’ai érigé une stèle sur la tombe de mon mariage en écrivant à mon ex-mari. Prévue d’arriver le jour où le jugement final du divorce serait prononcé, ma lettre retraçait notre histoire commune et les traditions partagées ; c’était un remerciement pour tout ce qui avait été bien et un au revoir à celle qui un jour avait été sa femme. Ensuite, j’ai tourné la page en frappant à la porte du reste de ma vie.

Le Noël suivant, ma fille et moi avons célébré les Fêtes avec un faux sapin haut de 40 cm posé sur la table basse, dans une maison plus petite, dans une nouvelle ville. En cours de route, j’ai appris que l’amour de Dieu ne signifie pas nécessairement qu’il va changer la situation; au lieu de cela, il me change moi. Pendant plusieurs années les vacances étaient carbonisées par la douleur. Aujourd’hui elles me rappellent simplement que je vis dans un monde déchu où les gens meurent et où il est difficile pour tout le monde de tenir une promesse.

À chaque fois que je parviens à me remémorer le passé et à remercier le Ciel que cela ait existé dans ma vie, je transforme sa signification. Fini le temps où j’évite les photos jaunies dans les albums. Je chéris même l’image que j’ai dans ma tête d’une famille qui s’éloigne en marchant du vide-grenier que j’ai fait récemment, ravis de leur achat à 5 euros : un carton énorme rempli d’années de décorations faites à la main.

Revivre l’histoire dont on ne veut pas se rappeler, mais qu’on ne peut pas oublier est une célébration de la vie. Célébrer, c’est ce qu’on devrait faire, parce que rien – ni la mort des êtres chers, ni l’échec des mariages – ne peut nous séparer de Dieu (Romains 8:38 ; Hébreux 13:5). Notre Créateur bienveillant est toujours présent et on ne peut s’ouvrir plus à lui que lorsque l’on passe par la douleur profonde et l’anéantissement. Alors, même s’il y a une chaise vide au bout de la table pour ce Noël, vous n’êtes pas seul. Cette année, célébrons Emmanuel – Dieu est avec nous.

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S’abandonner

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