Quand le jeu n’est plus un jeu

Auteur: Kathleen Larabie

Que faire lorsque l’homme de notre vie devient accro au jeu? Comment réagir alors que tous nos rêves s’évanouissent en fumée?

Ma petite enfance fut relativement joyeuse. Je garde de précieux souvenirs de nos vacances à la campagne en famille. Cependant, vers l’âge de 9 ans, je suis devenue consciente de grandes disputes à la maison, et là, j’ai appris un nouveau mot : alcoolique. Mon père, un homme travaillant, avait un sérieux problème de boisson. La majorité des disputes étaient reliées à ce problème : argent gaspillé, absences après le travail, etc.  Lorsque j’ai eu dix ans, ma mère a donné naissance à ma petite sœur, Josée. À la suite de cet accouchement, elle a fait une dépression, et nous avons dû vivre séparés l’un de l’autre, dans un différent foyer. À notre retour, notre mère avait beaucoup changé. Elle n’était plus la même du tout. Elle dépendait de médicaments légitimement pour sa psychose, mais elle est devenue dépendante de beaucoup d’autres stupéfiants. J’ai appris un nouveau mot : toxicomane.

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Lorsque j’avais douze ans, l’État m’a placé en foyer d’accueil jusqu’à l’âge de 16 ans. J’ai commencé à fréquenter Gaston à l’âge de 14 ans, alors qu’il en avait 15. Je fumais la cigarette. (J’ai essayé la marijuana, mais je ne l’ai pas aimé.) Chaque fois que nous sortions entre amis ou dans la famille le week-end, je consommais beaucoup d’alcool. Comme mes parents, j’avais tendance à me tourner vers la toxicomanie pour gérer les difficultés de la vie.

Gaston et moi avons eu notre premier enfant alors que j’avais 17ans. Nous nous sommes mariés l’année suivante. À 19 ans, j’ai entendu parler de l’amour de Jésus pour moi. Quelle grande et merveilleuse nouvelle! Je n’avais pas de difficulté à reconnaitre mon besoin de son pardon, car je n’avais pas une très haute opinion de moi-même. J’ai confié ma vie à Jésus, et ma vie a commencé à changer. Dieu remplissait mon cœur de son amour pour moi et les autres; il me donnait le désir de vivre selon sa volonté, et ma façon de parler et de penser s’en trouvait transformée. J’ai découvert que je n’avais pas besoin de cigarette ni d’alcool pour gérer mes problèmes ou pour être bien. Avec l’aide de Dieu, j’apprenais à gérer plus sainement les problèmes : leur faire face plutôt que de les fuir.

Gaston est devenu chrétien 9 mois après moi. Nous nous aimions beaucoup. Malgré notre jeune âge et notre maladresse, nous avons pris plaisir à élever nos enfants. Nous étions très actifs dans la communauté et dans les colonies de vacances avec les enfants. Gaston, un homme généreux et passionné, faisait toujours passer les besoins des autres avant les siens. Il était aussi loyal, très loyal envers moi, les enfants, le travail et l’église. Nous n’étions pas un couple parfait, nous le savions, mais nous nous respections et nous nous aimions beaucoup. Nous faisions confiance à Dieu pour nos vies et celles de nos enfants, et il s’est avéré fidèle au sein de toutes les dures épreuves de notre vie.

Mais la plus dure des épreuves nous attendait. En 2005, nos enfants étaient tous mariés : nous étions maintenant grands-parents. Nous vivions le stade du nid vide. C’est alors que Gaston a changé radicalement. Puisque son travail lui avait toujours demandé de 14 à 16 heures par jour, je n’ai pas vu le problème venir. Il était de moins en moins présent et utilisait son travail comme prétexte pour quitter la maison. Il a commencé à mentir, à dépenser de grosses sommes d’argent, à éviter de passer du temps en famille ou entre amis. Au début, je me sentais coupable, responsable de tout : je croyais que c’était ma faute. J’étais sensible au fait que je n’étais pas une épouse parfaite. Mais j’aimais profondément et tendrement Gaston et notre famille.

À l’automne 2007, après 29 ans de mariage, Gaston a décidé qu’il ne rentrait pas à la maison. C’était la première fois que cela arrivait. J’étais inquiète, confuse, mais aussi très en colère.

J’étais bouleversé : je ne comprenais pas ce qui nous arrivait. À partir de ce moment-là, il ne revenait que pour sa douche et pour prendre des vêtements propres. Je préparais ces choses avec les larmes aux yeux, mais je voulais lui faire du bien. Il repartait des semaines entières. Je pleurais beaucoup, je cherchais le secours auprès de Dieu dans la prière et je demandais le soutien de nos amis. J’étais troublée : il dépensait sans limites, il refusait le contact avec tout le monde, il mentait de plus en plus, il blâmait son travail, les autres, les circonstances. Par la grâce de Dieu, nos enfants et nos amis m’ont entourée, et Dieu me donnait le courage de dire les vraies choses au lieu de couvrir Gaston, du moins à nos amis intimes. Leur soutien m’était précieux.   Je ne voulais pas que l’on méprise Gaston; je restais près de ceux qui l’aimaient et voulaient son bien autant que moi.

J’ai compris que je ne pouvais pas régler le problème de Gaston, ni par les mots, ni par les larmes, ni en faisant appel à son raisonnement ou à son jugement. Je ne pouvais rien faire à sa place. J’ai compris aussi qu’il pouvait utiliser ma compassion pour me faire très mal et se justifier davantage. Ce qui m’a beaucoup aidé fut de comprendre que ce n’était pas à moi qu’il faisait tout ça, mais que cela avait un impact direct sur moi. M’aimait-il encore? Il y avait des rumeurs au sujet d’une autre femme. Dans la prière, Dieu me faisait réfléchir sur une plus grande question : Toi Kathleen, vois-tu plus loin que le mal qu’il fait, vois-tu son âme en souffrance? L’aimes-tu encore, même dans cet état, alors que tu ne reçois rien de lui? Il n’est plus là. Il n’y a plus d’affection, plus de complicité, de projet à deux. Allions- nous vieillir ensemble? Mes rêves les plus légitimes pour nous comme couple disparaissaient. La réponse était claire : Oui, je l’aime. Je pouvais continuer à le respecter, à prier pour lui, à espérer le meilleur pour lui et à avoir un vif désir qu’il nous revienne. Mais je ne pouvais pas accepter ni approuver sa conduite. Nos enfants et nos amis ont fait preuve de maturité pendant la crise : ils n’ont pas perdu de vue l’homme qu’était Gaston avant ce terrible épisode, car celui-ci n’était pas le reflet de sa vie entière.

Je ne connaissais pas grand-chose au jeu compulsif jusqu’alors, mais je vous assure que je me suis renseigné sur le sujet. J’ai lu beaucoup et j’ai consulté des personnes qui en étaient délivré. C’était difficile d’entendre que cette dépendance est comparable et même pire que la cocaïne et le crack. Cette connaissance du problème me faisait très peur, parce que très peu de gens s’en sortent vraiment et rien ne garantissait que Gaston s’en sorte. Je suis devenue très réaliste : Gaston vivait dans son monde, perdait du poids à vu d’œil (25 kilos en 6 mois). Les rumeurs d’une autre femme dans sa vie me brisaient le cœur. J’étais prête à attendre Gaston, mais pas s’il y avait une autre femme dans sa vie. C’était trop pour moi. J’ai avisé Gaston que j’allais prendre des mesures de divorce. J’étais en état de choc : 30 ans de mariage, de beaux enfants, tous mariés, de beaux petits-enfants. Une vie bien remplie et beaucoup d’années devant nous. Tout s’effondrait. Là, j’entendais le Seigneur me demander : Kathleen, m’aimeras-tu même si je t’enlève ce que tu as de plus précieux ici-bas? Je réfléchissais, je pleurais et j’abandonnais Gaston entre les mains de Dieu, je retirais mes mains pour dire : Oui, Seigneur, je t’aime et t’aimerai encore.

Je demeurais alors temporairement chez notre fille à Toronto. Gaston m’a téléphoné en me suppliant de ne pas aller de l’avant avec le divorce, me disant que je ne le regretterais pas. J’ai écouté, j’ai réfléchi. Nous étions alors au début décembre 2008 : Noël approchait. Nous ne pouvions pas concevoir ne pas l’avoir avec nous. Je l’ai invité à se joindre à nous. J’ai téléphoné pour arrêter les procédures de divorce. Dieu fortifia ma foi et je plaçais ma confiance en lui totalement.

Gaston est venu, les enfants étaient là avec leurs enfants aussi. Il était faible, maigre, malade, très nerveux. Il avait consulté notre médecin, avait accepté un congé de maladie, prenait des médicaments et avait rencontré un thérapeute spécialisé en toxicomanie pour joueur compulsif. Pour moi, ces pas étaient très positifs. Dieu répondait à ma prière. Gaston m’a demandé de rentrer à la maison avec lui et de l’accompagner dans son processus de rétablissement. Nous marchions au centre commercial à Toronto — Gaston faible, épuisé, et moi désirant de tout mon cœur qu’il soit sérieux. Nous sommes entrés dans une petite boutique de cartes et avons vu un ornement de Noël en céramique, un cœur portant l’inscription Avec Dieu tout est possible. Marc 10:27. Incroyable! Nous avons acheté un de ces ornements pour chacun de nos enfants. Alors la veille de Noël, une fois les petits-enfants au lit, nous avons eu une rencontre de famille. Je leur ai dit que je rentrais avec leur père à la maison et qu’avec l’aide de Dieu nous allions nous en sortir. Nous leur avons donné l’occasion de nous dire chacun ce qu’ils en pensaient. Chacun était content de cette décision, mais ils avaient des craintes très légitimes et des suggestions à faire. Gaston devait continuer son suivi médical, son médicament et sa thérapie au centre de désintoxication. Moi, je devais aussi faire une thérapie pour veiller sur moi-même et être une meilleure aide pour lui.  C’est ce que nous avons fait. Tout n’était pas réglé : il y avait les dettes de jeux, les préteurs dangereux, etc.  Gaston et moi avons pleuré ensemble et prié ensemble. Avec l’aide qu’il recevait de tout côté, il apprenait à exprimer avec des mots ce qui l’accablait. Je l’ai vu trembler dans son combat pour être délivré de cette dépendance. Je l’ai vu utiliser les outils nécessaires à son rétablissement, tout faible qu’il était. Et moi j’apprenais à mieux écouter.

On l’a diagnostiqué avec dépression majeure. Il est encore fragile. Lentement, il reprend des forces. Il m’a demandé pardon, ainsi qu’aux enfants et amis. Il est redevenu le merveilleux grand-papa qu’il était. Pour moi, Gaston n’est pas qu’un joueur compulsif; cet épisode difficile ne reflète pas toute l’histoire de sa vie. Il est un homme avec un grand cœur, des joies, des peines, des combats, des réussites et des échecs. Il est un mari, un père, un grand-père, un fils, un frère, un ami, un employé. Il a une histoire à raconter.

Nous avons tout perdu matériellement : la maison, notre RÉER, nos économies. Mais nous n’avons rien perdu de ce qu’il y a de plus précieux. Nous nous avons l’un l’autre et nous continuons notre marche ici-bas en faisant confiance à Dieu quelles que soient les circonstances, et en nous rappelant à quel point nous avons besoin des autres dans nos vies.

devo-interact-icon-42x42Si vous passez par une expérience semblable à celle de Kathleen et de Gaston, sachez que vous n’avez pas besoin de cheminer seul. Nos mentors sont là pour accueillir vos partages et prier pour vous.

À lire aussi : S’abandonner

Lien externe : Aide pour la dépendance au jeu

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